Manuel Valls va prononcer son discours de politique générale dans une atmosphère de défiance…

Oui, mais la confiance sera votée parce que les institutions sont ainsi faites : au moment crucial, la bipolarité s’impose… Si les 80 députés socialistes frondeurs s’avisaient de refuser la confiance, il en résulterait une chute de ce gouvernement tout neuf et -logique institutionnelle- la dissolution de l’Assemblée, et -logique politique- une vague bleue avec son écume brune. Un tout petit tiers des députés socialistes a donc fait, ces derniers jours, du « j’m’enerve pas, j’m’explique » mais tout, au moment du vote, rentrera dans cet ordre, si cher à Manuel Valls. Merci Michel Debré qui a taillé les institutions sur mesure pour que les députés obéissent à un général ! Cette situation politique bancale n’est pas qu’à mettre sur le dos de nos institutions. Les premiers responsables sont les socialistes eux-mêmes ! Ils n’ont pas profité de leur longue période d’opposition pour définir précisément leur politique économique. Comme ils bénéficiaient d’une large majorité au sein des pouvoirs locaux… Ils pensaient qu’ils étaient appréciés pour ce qu’ils étaient. Ils ont continué à développer un discours qui ne correspondait pas avec ce qu’ils allaient faire une fois revenus à l’Elysée. Que l’on soit favorable ou non à la nécessité de réduire les déficits à 3% du PIB, toujours est-il que François Hollande, dit, depuis qu’il est entré en campagne pour les primaires socialistes, donc depuis 2011, qu’il faut s’y conformer. Mais, et c’est comme ça que la confiance a fondu, sans dire les conséquences que cette exigence entraine !

Seulement, on arrive au moment où il faut sortir de l’ambiguïté !

Oui, et c’est Manuel Valls qui est chargé de cette tâche ! François Hollande, qui excellait en matière de synthèse, se trouve maintenant devant une situation qui ne peut pas se traiter par la synthèse. Autant dans l’opposition vous pouvez synthétiser des propositions et des avis, donner une cohérence formelle à des visions voisines, autant quand il s’agit de faire entrer les comptes publics dans certaines limites, la synthèse ne marche pas. Mélanger de la peinture noire et de la peinture blanche ça peut faire un joli gris, c’est une synthèse, une représentation, c’est virtuel. Dans la vraie vie, le blanc et le gris n’existent pas en tant que tels ! Mélanger de la neige et du charbon, c’est réel… ça ne fait pas un beau gris mais une infâme mélasse. Réduire le déficit implique des choix précis. Dire qu’on allait le faire sans expliquer ce que ça entraînera fut le pêché originel de ce quinquennat ! La tromperie dure depuis des années. Ce qui a rendu l’adaptation au réel si difficile n’est pas simplement le maniement excessif de l’ambiguïté par appât du gain politique c’est aussi le miroir déformant de l’expérience locale. Les maires PS ont bien géré et transformé leurs villes avec des majorités cohérentes localement. Ainsi, à Paris, Anne Hidalgo s’allie avec les communistes (ils seront en charge du logement) et les écologistes (ils seront en charge du transport). La nouvelle maire de Paris s’apprête à gérer sa ville avec la même rigueur budgétaire que Bertrand Delanoë, félicité par la Cour des comptes. Mais ce qui est praticable à l’échelle d’une ville, n’a pas les mêmes conséquences au niveau national… les socialistes l’ont trop souvent masqué… Ils se sont menti à eux-mêmes, en même temps qu’à leurs électeurs. Aujourd’hui Manuel Valls doit tout simplement sortir sa majorité de l’ambiguïté. Dire la vérité, s’inspirer de Mendès France plutôt que de François Mitterrand.

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