Ce matin le sénateur Jean Germain, ancien maire de Tours qui a mis fin à ses jours alors qu’il devait comparaitre au procès dit des « mariages chinois » .

Il ne s’agit pas de parler de l’affaire, ni même de l’action de cet élu largement respecté … Mais simplement de rappeler que la politique est une activité à risque, pratiquée par des hommes et des femmes qui - quand ça tourne mal (de leur fait ou non) - se retrouvent seuls avec eux-mêmes. Comme tout le monde. Cette évidence ne va pas de soi, parce que la politique est une activité qui comporte en elle-même une dimension hors norme, surhumaine, parfois quasi mystique ; la politique, c’est la puissance, le pouvoir… et l’imaginaire collectif place les hommes et femmes politiques dans des sphères hors du commun. Ne dit-on pas qu’un élu doit être exemplaire, beaucoup plus que n’importe qui d’autre ? Les politiques sont sans cesse regardés de façon ambivalente, à la fois adulés et détestés. Ils sont à la fois extrêmement altruistes et infiniment égocentriques. Il est d’ailleurs très difficile de déterminer si l’action d’une personnalité politique est mue par l’une ou l’autre de ces caractéristiques apparemment (apparemment seulement) contradictoires. Les politiques passent leur temps à déguiser leur égocentrisme en altruisme et souffrent le martyre quand leur altruisme réel est perçu comme de l’égocentrisme. Parfois ils estiment avoir agi pour le bien de la communauté et pourtant ils sont accusés de n’avoir agi que pour eux-mêmes. Que ce soit le cas ou non, c’est vécu comme une injustice invivable. Ça s’appelle le déshonneur.

C’était ce que ressentait Jean Germain, tel qu’il l’a écrit dans sa lettre.

Sans doute, même si personne (et certainement pas nous, ici) ne peut prétendre expliquer un suicide. Durkheim avait déterminé 4 types de suicide. Dans tous les cas, selon le père de la sociologie moderne, le suicide résulte d’un déséquilibre devenu invivable entre le groupe et un individu. Le rapport entre le groupe et l’individu est démultiplié chez les grands élus. Le poids de l’opinion, la responsabilité de l’individu par rapport au groupe, en politique, amplifie les sentiments d’appartenance et aussi, quand c’est le cas, l’impression de rejet. Le sociologue Olivier Bobineau, étudiant le cas de certains maires ruraux qui avaient mis fin à leurs jours, au début des années 2000, avait ajouté une cinquième catégorie aux 4 catégories de Durkheim. Le suicide moral, ou le suicide exemplaire. Le suicide comme un dernier acte politique. La collision fatale entre vie privée et vie publique. C’est là que l’on retrouve la tension entre l’altruisme et l’égocentrisme. On aime admirer et détester ces machines de guerre que sont les politiques, capables d’endurer la « guignolisation », les coups bas, les trahisons. Mais le suicide de Jean Germain doit simplement nous rappeler que ceux-là mêmes qui construisent leur réputation sur l’épaisseur de leur cuir… quand ils sont seuls, dans leur voiture, leur salle de bain, seuls avec eux-mêmes… sont des êtres humains, avec leurs faiblesses, leurs failles. Les concurrents politiques, les juges, les journalistes…les citoyens trop mécaniquement adeptes du « tous pourris » ont aujourd’hui une bonne occasion de s’en souvenir.

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