Comment, en quelques semaines, le coronavirus a "dénunuchisé" une théorie économique mise à mal depuis plusieurs années : la théorie du "care".

Comment le Coronavirus a, en quelques semaines, "dénunuchisé" la  théorie du "care".
Comment le Coronavirus a, en quelques semaines, "dénunuchisé" la théorie du "care". © Getty / Cecilie_Arcurs

C’est  Martine Aubry, en 2010, qui avait popularisé cette notion, "le care". Le  concept datait déjà d’une vingtaine d’année et avait été développé  par des universitaires (principalement féministes) américains. La  philosophe Joan Tronto proposait alors de tendre vers une société du  soin, de l’attention porté aux autres… En anglais, le "care"… Il  s’agit d’aller plus loin que la recherche d’égalité  ou de justice. 

Ça partait d’un constat : tout un pan grandissant de  l’activité humaine (économique ou associative) est désormais tournée  vers la société du bien-être. Pourquoi ne pas le développer et le  valoriser ? 

L’économie de la santé, l’éducation, toutes sortes d’aide à la personne, la garde d’enfants, d’une certaine façon la  culture, mais aussi ce que l’on appelle la silver economy, dans une  société vieillissante qui demande une attention particulière à la fin de  vie… toutes ces activités devraient être le  cœur de nos préoccupations pour organiser le monde moderne vivable.  

Dans l’idée de ses concepteurs, la théorie du "care" est une remise en  cause sévère du capitalisme

Martine Aubry tentait d’en faire, plus modestement, un ingrédient conceptuel pour rénover  la social-démocratie fatiguée. 

Mais cette notion, le "care", qui a  alimenté en 2010 les colloques et les pages "idées" et "débats" des  journaux, a rapidement était tournée en dérision par une partie de la  gauche et toute la droite : nunucherie, bien-pensance  rêveuse,  naïveté… On n’en a plus entendu parler dans le débat national.

Et puis… le coronavirus. Ce  fléau qui met à genoux les économies les plus puissantes souligne le  caractère essentiel de l’activité du soin. Les infirmières, les  aides-soignantes,  les acteurs de la santé en général, les artisans des métiers de bouche,  les services sociaux en tous genres, le corps enseignant, les postiers,  les éboueurs… tous ceux qui sont, en temps habituel, les petites mains de l’intendance sociale, de la maintenance  des espaces communs, loin de la lumière valorisante du monde de la  performance, dans les coulisses de la compétition, dans l’ombre des  champions nationaux de l’industrie ou des aventuriers start-upeurs… 

Tous ceux-là, qui ne font pas rêver, se retrouvent, à  la faveur d’un virus dévastateur, les héros de l’essentiel, les piliers  qui nous assurent ce dont nous avons vraiment besoin. 

Des évidences nous apparaissent : on peut vivre sans traders, sans publicitaires, pas  sans aide-soignantes ni éboueurs. 

Ce constat,  c’est vrai, peut vite virer à une nouvelle forme de populisme  bisounours… Mais quand même, le coronavirus nous rappelle que la corde qui nous relie est plus importante que le premier de cordée, que ceux  qui s’assurent que tout le monde est bien accroché à  la corde, sont au moins aussi dignes de reconnaissance que ceux qui la  tirent. 

La crise que nous traversons servira-t-elle à remettre (un peu) à  l’endroit la hiérarchie des métiers et fonctions à valoriser ?  D’ailleurs nos sociétés, finalement, n’ont-elles  pas choisi de sauver des vies plutôt que l’économie en décrétant le  confinement ? 

Le Coronavirus aura, en quelques semaines, dénunuchisé la  théorie du "care". 

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