Rwanda : Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères au moment du génocide, reconnait des erreurs.

Arrivée des troupes françaises au Rwanda
Arrivée des troupes françaises au Rwanda © Getty / Scott Peterson

C’est le premier effet politique du Rapport Duclerc demandé par le président sur le génocide de 1994. Alain Juppé concède que les autorités françaises (dont il était) ont manqué ‘de compréhension’ face à des événements qui appelaient à agir sans délai.

Le rapport Duclerc, divine surprise, agit comme un ‘déverrouilleur’ de mémoire. 

Le Rwanda était, dans le débat français, sans doute le thème le plus passionné, le plus polarisé, le plus verrouillé. Les diplomates, journalistes, chercheurs et responsables politiques qui ont eu à voir avec ce drame il y a presque 30 ans, sont marqués à jamais. Ils étaient campés dans leurs certitudes opposées. Deux camps s’affrontaient, ne se parlaient plus, se haïssaient même ! Certain étaient devenus obsessionnels.

Il faut dire qu’il s’agit du dernier génocide du XXème siècle et le fait, pour les uns, d’être accusé d’y être mêlé, pour les autres, de constater un tel déni de vérité, était insupportable.

Alain Juppé fait un pas courageux en concédant –pour la première fois- une certaine cécité. 

Et c’est le moins. Il n’y a pas pour l’instant le même mouvement du côté des mitterrandistes. On sait combien sa trace dans l’histoire était importante pour François Mitterrand… Et Hubert Védrine, au fil du temps, est devenu le gardien du temple mitterrandien. 

S’il reconnait des qualités à ce rapport qui confirme que l’on ne peut pas parler de complicité de la France, il refuse l’autre aspect du travail de l’équipe d’historiens autour de Vincent Duclerc, pour qui la France porte une responsabilité ‘lourde et accablante’ dans ce qui s’est passé. 

Le reconnaitre serait –du point de vue d’Hubert Védrine- recouvrir d’un voile d’infamie le souvenir du premier président socialiste de la Vème république. 

En réalité, la grille de lecture néocoloniale, qui ne prenait en compte que l’idée du maintien de l’influence de la France, de son pré-carré en Afrique, a aveuglée François Mitterrand. C’est ce regard, cette grille de lecture que ce rapport décrit et fustige.

Faut-il maintenant que la France s’excuse comme le demandent certains… dont d’ailleurs Vincent Duclerc ?

Il y aura, à n’en pas douter, des débats enflammés sur ce sujet mais, d’une façon ou d’une autre, la parole officielle de la France, si elle tient compte de ce rapport (et c’est ce qui est prévu) sera une forme d’excuse. Emmanuel Macron va tourner la page de cette vision néocoloniale Française lors d’un discours prononcé au Rwanda, dans quelques mois. 

Cette nouvelle approche de notre passé est nécessaire pour des raisons diplomatiques mais aussi de politiques intérieures, notamment vis-à-vis de la perception de notre pays par la jeunesse, singulièrement celle qui est issue de l’immigration africaine (subsaharienne ou du Maghreb). 

C’est une question de cohésion nationale. Certains, à droite surtout, prononcent avec dégout le mot ‘repentance’ comme si la vérité était une faiblesse. Il n’y a pas beaucoup de domaines ou l’âge du président (sa jeunesse inédite à ce poste) peut être vu comme un élément déterminant et positif de sa politique. Celui du regard officiel sur notre passé en est un. 

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