**Vous revenez ce matin, Thomas, sur les suites des propositions de Ségolène Royal faites au MODEM ce week-end...Oui, cet épisode assez politicien a été largement commenté hier, on a expliqué la logique et les raisons tactiques d’une telle proposition de la part de la Présidente de la région Poitou Charentes et du refus du leader centriste. Ce qui est intéressant ce matin c’est la réponse à la réponse… Ségolène Royal dit en substance ceci : « Je maintiens ma proposition mais je ne m’adresse pas aux appareils politiques, les appareils politiques ne m’intéressent pas, je m’adresse directement à la base, aux militants centristes ». Ce faisant Ségolène Royal définit la philosophie de son action politique. Et cette description correspond à la définition du « populisme ». Alors il ne faut pas voir, dans ce mot, « populiste » l’acception qui lui est trop souvent donnée. Le populisme est généralement confondu avec extrémisme ou avec dictature. La vraie définition du populisme peut très bien s’accorder avec un programme tout à fait raisonnable et modérée. Les ressors du populisme ont été parfaitement expliqués par le sociologue Pierre André Taguieff. Le populisme met en accusation les élites, présentées comme des groupes d’intérêts particuliers et se propose de s’adresser directement au peuple, d’en appeler à sa sagesse ou à ses passions en passant au dessus des corps intermédiaires. On peut d’ailleurs avoir une vision froide du « populisme » et considérer que lorsque qu’il y a une crise de la représentativité il est nécessaire que certains responsables politiques fassent cet effort d’aller directement recréer un lien avec la population. C’est le gaullisme de 1958. C’est le « je vous ai compris du Général à Alger ». Cette phrase est d’essence populiste par excellence, elle suggère, sans rien dire de précis, que le chef de l’Etat a repris contact, directement avec le peuple. « Moi, je vous ai compris » contrairement à ces élites qui gouvernaient avant moi et vous ont conduit dans cette impasse. Donc le populisme n’est pas toujours un gros mot. Ségolène Royal préférera parler de « démocratie directe » ou de « démocratie participative ». Aujourd’hui on appellera ça « démocratie d’opinion ». Un mot asceptisé pour dire, en réalité Populisme. Diriez-vous aussi que Nicolas Sarkozy est populiste ?Oui, c’est leur point commun. Nicolas Sarkozy aussi s’est fait élire en prétendant s’adresser directement au peuple contre les élites, contre la technostructure forcement conservatrice. Son discours direct, son parler cash en sont la manifestation la plus évidente. Il mène les débats directement avec l’opinion, en l’étudiant de très près au travers des nombreux sondages qu’il commande, autant quantitatifs que qualitatifs. Il entend maitriser l’agenda des débats qui agite la société par des annonces multiples qui ont pour objectif d’occuper la sphère médiatique, de l’obliger à suivre son rythme plutôt que de subir les thèmes qui naitraient de ce qui préoccupe les corps intermédiaires, la presse, les syndicats, les élus, les représentants des branches professionnelles. L’idée d’organiser un débat sur l’identité nationale en conviant le peuple dans les préfectures est la manifestation éclatante d’un populisme à peine rénové. On a vu, lors des dernières élections l’efficacité politique du populisme de Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, les deux finalistes de la compétition de 2007. Cette efficacité répondaient vraisemblablement à une attente populaire de retrouver le contact avec le sommet de l’Etat au-delà d’une élite décrédibilisée. Mais aujourd’hui, si cette méthode constitue la force et l’originalité de Ségolène Royal dans la sphère socialiste ce peut être également un handicap. Le niveau très bas de popularité du Président n’est pas dû simplement à ce qu’il fait mais aussi à sa façon de le faire. Si Ségolène Royal donne l’impression d’agir de la même manière, elle risque donc de ne plus incarner une alternative radicale au sarkozysme.**

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