Hier, vous nous aviez annoncé que ce matin, vous feriez le point sur les chances de Nicolas Sarkozy pour 2012… Vous avez changé d’avis ?!

Oui j’avais oublié que François Bayrou devait faire sa déclaration de candidature ! J’avais surtout oublié qu’avant, il n’était pas déjà candidat ! Maintenant ça y est ! Alors j’ai lu son discours … eh bien… François Bayrou a fait un beau discours, classique, rodé, (c’est quand même la troisième déclaration en 10 ans). Dès le premier paragraphe, il cite Du Bellay : « France, mère des arts, des armes et des lois », ce que ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy aurait fait. Et s’ils l’avaient fait, on sait bien que ce sont leurs plumes qui en auraient eu l’idée. Chaque candidat, au moment où il se déclare officiellement choisit sa façon de parler de la France. Lors de cette campagne de 2012, les candidats apportent un soin particulier au texte de leur déclaration, ils y mettent de la pompe et de la solennité parce que la crise est là, qui fait douter les Français d’eux-même. Et puis les candidats savent aussi que ce qui a plombé Nicolas Sarkozy c’est, en partie, un défaut d’incarnation, au moins pendant les trois premières années de son mandat. Donc comment parler de la France ? François Bayrou a décidé -alors que le mot « nation » redevient à la mode à droite avec le refus du droit de vote pour les étrangers, alors que le mot « patrie » redevient à la mode à gauche (hier nous avons eu le « patriotisme industriel » de François Hollande)- de parler de notre « pays » ; il répète ce mot « pays », il y revient, souligne qu’il l’emploie et l’explique. Nation, patrie, pays… ces mots ont voyagé et souvent changé de camp et d’acception dans l’histoire politique de la France. Quand la France est en guerre ou en crises, ces mots reviennent. On s’y raccroche. Le mot « pays » n’est pas anodin, il inclut l’histoire et la géographie et a finalement assez peu de connotations agressives comme peuvent en avoir les mots « patrie » ou « nation ». Pour le doyen des candidats qui appelle, rien que ça, à l’union nationale, ce n’est finalement pas mal trouvé.

C’est un beau discours de candidat, presque de président… Mais il faut quand même redescendre sur terre… François Bayrou tutoie simplement les 10% d’intentions de vote !

C’est vrai… et c’est là que l’on voit à quel point l’élection présidentielle au suffrage universel direct à deux tours est un système d’une grande perversité et que François Bayrou est un peu tordu. Il se présente au centre parfait (c'est-à-dire ni au centre droit, ni au centre gauche) à une élection conçue pour fabriquer de la bipolarisation. Mais François Bayrou a une spécificité parmi tous les candidats qui ne sont pas favoris (c'est-à-dire tous sauf Sarkozy et Hollande) : il est le seul à avoir plus de chance de gagner au second tour que de franchir le premier tour. Imaginons quand même qu’il soit qualifié contre Sarkozy… à tous les coups, il gagne l’élection avec les voix du centre et de la gauche. Contre Hollande, il l’emporte avec les voix de la droite et du centre. Aucun autre outsider n’est dans cette situation paradoxale. Bayrou est comme un alpiniste au pied du Mont-Blanc mais qui ne saurait escalader que le glacier, pas la base de la montagne… Malheureusement pour lui, il n’y a pas de dépose en hélicoptère pour le deuxième tour de l’élection. Mais sa situation lui confère une sorte de poids moral, de magistère sur la campagne. Il ne gagnera sans doute pas l’élection mais le plus probable c’est que ni Hollande, ni Sarkozy ne pourront la gagner sans lui… Et il va certainement en profiter pour leur en faire voir…du « pays ».

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