Le PS vient de publier sa nouvelle charte.

Oui, régulièrement (pas assez souvent), les socialistes tentent de réadapter leur pensée, les solutions qu’ils préconisent, à l’époque telle qu’elle va. Cette fois-ci, dès le premier chapitre, il y est affirmé, je cite, que « l’évolution du capitalisme contemporain met d’abord en péril la planète (…) qui atteint un point de non-retour écologique »… La charte affirme qu’il faut « bâtir un éco-socialisme et humaniser la mondialisation", qu’il faut « agir pour rendre possible ce que nous pensons souhaitable ». Les socialistes acceptant la mondialisation, d’ailleurs en cohérence avec une certaine forme d’internationalisme qui fait partie de leur culture. Cette affirmation sur la mondialisation, sur le ‘possible et le souhaitable’ assez prudent, les met sur la voie des social-démocraties scandinaves, qui ont, par exemple, remis en cause des droits sociaux pour élaborer des systèmes plus souples (la flexi-sécurité) et ainsi réduire le chômage et créer d’autres solidarités. Les socialistes français poursuivent leur mue qui devrait rapprocher leur discours de leurs actes, puisque la remise en cause de droits formels (comme les seuils sociaux), considérés désormais comme inopérants et contre-productifs, est en route, notamment avec la loi Macron. Jusqu’aujourd’hui, et cette charte, les socialistes n’étaient pas très explicites sur leur transformation. Et cela pour ne pas trop brusquer l’aile gauche qui n’est plus représentée au gouvernement.

Il y a aussi dans cette charte –vous l’avez souligné- une forte coloration écologiste… c’est nouveau ça !

Avec une telle insistance oui. Le lien entre le socialisme démocratique et l’écologie parait naturel aujourd’hui, malgré le départ des Verts du gouvernement. Mais ça a été, en réalité, un long chemin. C’est d’abord l’écologie politique qui, dans les années 90, s’est rapprochée de la gauche en abandonnant son discours tout-environnementaliste et surtout sa pensée anti croissance issue du Club de Rome de 1972. Les écologistes d’aujourd’hui ne sont plus pour une croissance zéro mais pour une autre croissance, une croissance obtenue grâce à la transition énergétique. C’était madame Gro Harlem BRUNTLAND, Premier ministre norvégienne dans les années 80 (encore les Scandinaves), sociale-démocrate, qui, la première, pour contester les anti-croissances, parlait « d’éco-développement ». Ça donnera plus tard le « développement durable » que défendent les verts aujourd’hui. Le rapprochement marche donc dans les deux sens. Mais les socialistes français, productivistes et industrialistes, ont mis longtemps à y venir. Et contrairement à la réforme économique (pour laquelle on a vu que l’action précédait les mots), les mots écologistes des socialistes viennent avant l’action. François Hollande et le PS ont-ils vraiment pris conscience de l’urgence écologique, y voient-ils vraiment de quoi relancer l’activité ? Ou cherchent-ils seulement une stratégie maligne pour se redonner de l’oxygène électoral ? Sans doute un peu des deux… Les véritables moyens mis dans la transition énergétique nous donneront bientôt la mesure de la réalité de leur transition écologiste.

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