Manuel Valls appelle à voter à droite dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, en PACA et dans le Grand-Est sur un ton grave et solennel.

Et il faut bien prendre la mesure de cet évènement. Le Premier ministre à 20 heures surTF1 , c’est-à-dire le chef de la majorité sur la chaîne la plus populaire, dit qu’il faut voter pour l’opposition, y compris dans la région Grand-Est où une liste socialiste se maintient (même si elle va perdre son investiture). Il y a dans ce geste dramatisé, comme souvent dans les moments politiques forts, de la grande et de la petite politique. La grande politique, c’est que le Premier ministre établit clairement une hiérarchie entre la droite et l’extrême-droite, basée sur des valeurs et sur l’histoire. Il le fait en sacrifiant pour six ans toute représentation de son parti, notamment dans le Nord, terre de tradition socialiste. Cette décision peut être saluée comme un acte de responsabilité et de clarté. Mais… ne nous laissons pas envahir par la beauté du geste. Derrière cette décision vertueuse autant que douloureuse, il y a aussi de plus petites raisons stratégiques. En retirant ses listes, le chef de la majorité organise des duels. Si le FN perd dans le Nord ou en PACA, le PS pourra revendiquer une partie de la victoire.

Et si le FN gagne ?

Le PS pourra dire (et il aura raison) que les messages négatifs de Nicolas Sarkozy (qui refuse, lui, d’établir une hiérarchie entre la gauche et l’extrême-droite) auront ruiné les élans républicains de la gauche. Il sera surtout démontré, à grande échelle, que la droite n’est pas (n’est plus) en mesure de battre l’extrême-droite en duel, qu’elle n’est pas le rempart qu’elle prétend être. Enfin, la décision si fortement revendiquée de Manuel Valls s’inscrit dans le grand mouvement de recomposition politique en cours. Le Premier ministre parle souvent, en ce moment, de « refondation de la République ». Terme exactement (et pas innocemment) repris hier matin, ici même, par Jean-Pierre Raffarin, pour évoquer ce à quoi devraient, selon lui, aspirer aujourd’hui tous les modérés du pays. Alors est-ce à mettre dans la case ‘petite stratégie ou grande politique’, chacun jugera mais déjà, il y a quelques semaines, Manuel Valls avait évoqué l’idée transgressive et encore impossible, de fusionner des listes PS et LR entre les deux tours face au danger FN. Le Premier ministre fait le constat aujourd’hui qu’il n’y a pas de volonté populaire exprimée de virage à gauche (au passage, ceux qui se sont abstenus parce qu’ils trouvaient que le gouvernement n’était pas assez à gauche en sont pour leurs frais). Il estime que la montée du FN est due au sentiment d’impuissance politique qui se dégage de la pratique du pouvoir par la droite puis la gauche. Et que la séparation, pour des raisons d’appareils et de culture de l’affrontement dépassée, des modérés de chacun de ces deux camps est la principale raison de cette impuissance. La décision de retirer ses listes au profit de la droite là où il y a danger FN n’est donc pas, comme en 2002, un simple sacrifice conjoncturel. C’est un premier acte de refondation politique qui appelle bien d’autres réflexions et peut, potentiellement, être le déclencheur de grands schismes à venir, à gauche comme à droite.

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