Ce matin, le départ de Benjamin Millepied de l’Opéra de Paris pour évoquer la «France bloquée» !

Oui, la « France bloquée », c’est un thème diffus depuis plusieurs années. Une impression d’impuissance à sortir d’un état de crise et de dépression collective. Aujourd’hui, face à notre incapacité à déverrouiller les énergies malgré une créativité française reconnue dans le monde, c’est criant. Souvent, l’expression est utilisée par les tenants du libéralisme qui voudrait qu’on desserre le carcan des droits acquis, même plus protecteurs, juste bloquants. Mais, « la France bloquée » s’applique à d’autres conservatismes. Ceux qui s’étranglent si l’on veut toucher à l’accent circonflexe, qui estiment que parler d’épanouissement de l’élève est une démission de l’autorité, ceux qui refusent –pour rester tranquille dans un entre soi ethnique et social- que les logements sociaux soient construits dans les villes riches. La France bloquée, c’est la France dans laquelle on ne trouve pas de boulot ni de logement quand on a un nom arabe, quand les statuts ou les origines sont plus déterminants que le travail pour réussir ses études. Aucun camp politique ne s’attaque à la fois aux deux bouts de la chaine des blocages : les statuts protecteurs et les castes qui ségréguent.

Quel rapport avec l’Opéra et Benjamin Millepied ?

Le départ du chorégraphe, en dehors des questions d’égo ou d’intérêts -que l’on ne saurait évaluer ici- est le résultat de la somme des blocages français. Benjamin Millepied, formé à la danse en Afrique et qui a explosé aux Etats-Unis, avait pris la direction du ballet de l’Opéra pour le dépoussiérer et y insuffler la liberté, la joie, un professionnalisme acquis tout au long de sa formation et de sa carrière à l’étranger. Il a trouvé –dit-il- une institution avec des danseurs techniquement exceptionnels, mais engoncés dans un classicisme, une hiérarchie rigide et prétentieuse, pour un public vieillissant et sociologiquement typé. Les personnalités, les aspérités artistiques, l’épanouissement personnel, semblaient être des affronts à la tradition, aux codes, aux habitudes. Les syndicats tout puissants des différents corps de métier veillaient à ce que rien ne bouge, en bonne harmonie avec un encadrement aussi enserré dans ses traditions que les chevelures tirées des petits rats. Personne ne devait se distinguer par autre chose que par l’excellence codifiée, uniforme et la souffrance vécue en silence. Au moment de monter la Bayadére, un opéra russe, Millepied voulait que la danse dite des ‘négrillons’, écrite à l’époque coloniale, devienne la danse des enfants, ne soit plus dansée par des jeunes danseurs grimés en noir. Impossible, tradition immuable oblige, lui répondit-on. Pour Millepied, c’était le signe que l'opéra n’est pas pour le public des banlieues auquel il voulait l’ouvrir, pas pour la diversité de la France d’aujourd’hui. On lui dit que l’Opéra est une vieille dame qu’il ne faut pas bousculer. Seulement les vieilles dames ça finit par mourir. Alors Millepied est parti. Comme on sort d’une impasse et comme le font beaucoup de jeunes Français.

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