Peut-on déprésidentialiser la présidentielle ?

Frédéric Métézeau.

A la une du magazine Politis cette semaine : "Jadot, Hamon, Mélenchon peuvent-ils s'entendre ?"... Question posée au niveau des programmes (revenu universel, nucléaire, Europe, Syrie, Russie) mais plus encore la question des personnalités pose souci... Tous les 3 candidats sont à l'élection présidentielle française, à devenir le chef d'Etat le plus puissant parmi les démocraties du monde, héritage du général De Gaulle... Un militaire adoubé par l'Histoire et non par une primaire ou par un parti, cité d'ailleurs à droite à gauche et même à l'extrême-droite ! Et là que les choses se compliquent...

Ces trois-là, à gauche, tous défendent le passage à une VIème République...

Yannick Jadot a prévenu : il ne sera pas élu, il défend des idées, on peut croire qu'il n'est pas habité par le désir présidentiel...

Benoît Hamon a prévenu également : il ne veut pas être un homme providentiel mais imagine-t-on le Parti Socialiste accepter de sacrifier son candidat ?

Et puis il y a Mélenchon : lui aussi a prévenu, une fois élu il s'effacera et remettra les clés à une constituante... Mais avant cela, il y a l'élection, et des trois Jean-Luc Mélenchon semble le plus habité par cette mystique de la présidentielle... Mélenchon parti tout seul en campagne il y a 1 an, il est l'un des meilleurs orateurs de la classe politique actuelle, l'un des plus érudits aussi, un pur produit de la Vème République césariste et bonapartiste... C'est un frein, il faudrait donc dé-présidentialiser la présidentielle, la dé-personnaliser pour que la gauche réalise l'union...

Et les autres candidats ? La mode est-elle à la dé-présidentialisation ?

Pas vraiment... Avant-hier lors de sa conférence de presse François Fillon a réveillé le surmoi gaulliste de la droite française... Je suis le chef, je suis légitime, aucune instance pour remettre ma candidature en cause, on entendrait presque Jacques Chirac "un chef c'est fait pour cheffer"...

A Debout la France le "gaulliste" Nicolas Dupont-Aignan a été investi après un congrès où il était seul candidat... Idem chez Marine Le Pen, qui a hérité du Front National où l'horizontalité et la culture du débat ne sont pas encore la règle...

Et c'est pareil chez Emmanuel Macron... L'ambiance "jeune start up" et l'absence de photos du candidat au siège d'En Marche ne doivent pas faire oublier qu'il a donné ses initiales au mouvement et que le candidat de l'anti-système se comporte de plus en plus en prêcheur dans ses meetings, sorte de Steve Jobs de la politique...

Si jamais notre République était malade de la personnalisation extrême du pouvoir, ils sont peu nombreux à vouloir la dé-présidentialiser...

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