Il a été fidèle à sa prétention girondine, parce qu’il propose que la Corse reste dans la république, mais il ne se crispe pas sur les symboles de l’unité uniformisante républicaine.

Personne –dit-il- ne vous reprochera de vous sentir français parce que corses ou corses parce que français

Le président n’établit pas de hiérarchie des identités ! Il parle d’ailleurs d’identité corse, de culture corse, de la langue corse qu’il faut encore développer : autant d’évidences pour tous ceux qui connaissent l’ile et ses habitants, mais assez inédites –à ce point- dans la bouche d’un président de la république. Les limites républicaines sont cependant fermement respectées : pas de co-officialité de la langue ni de statut de résident. Autre marqueur de ce girondinisme un brin autoritaire : l’inscription de la spécificité corse dans la constitution. Certes, il s’agit de l’article 72, qui exclut pour l’Ile un processus vers une possible indépendance, comme pour la Nouvelle Calédonie. Mais le président donne un mois aux élus corses pour réfléchir à la meilleure façon de faire figurer la Corse dans la loi fondamentale… bon, en vrai, cette inscription n’engage pas à grand-chose, tout dépendra des détails juridiques à négocier très vite. Mais le coup est assez retord parce qu’Emmanuel Macron a présenté cette constitutionnalisation de la spécificité corse comme un ancrage de plus dans la république, un comble ! Et puis, tout ça est très hypothétique, parce que ce sera soumis au sénat, peu enclin à l’accepter ! 

En fait, les nationalistes sont en train de se faire avoir!

Ben…oui ! Tous leurs arguments, élaborés pendant des années pour s’opposer à d’horribles jacobins centralisateurs, tombent à plat face à l’assaut de reconnaissances de toutes sortes de particularismes qu’Emmanuel Macron déploie, tout en ajoutant un définitif : « mais dans le giron de la république». Il fait même de la spécificité corse une opportunité pour la France, un instrument de modernité et d’ouverture, à l’opposé d’une conception qui serait celle des nationalistes : le repli et la fermeture. Emmanuel Macron, en fait des tonnes ! Il décrit quand même la Corse un peu à la façon d’un guide Michelin des années 50 : entre mer et montagne, terre de contrastes, phare de la méditerranée, carrefour des cultures… ça n’a pas suffi à amadouer les nationalistes qui avaient, en plus, subi un camouflet, la veille, avec le discours intransigeant en l’honneur de Claude Erignac. Surtout, le message principal du président aux dirigeants de l'île avait quelque chose d’imparable : vous avez, avec la nouvelle assemblée corse et son exécutif, des instruments de pouvoir inédits, vous êtes aux manettes ! Plutôt que de demander –déjà- un nouveau statut, éprouvez celui-là, gérez, assumez déjà le pouvoir qui est le vôtre ! Cette injonction basique souligne une vérité : les nationalistes considèrent toujours l’état institutionnel de leur île, quel qu’il soit (on en est au 4ème statut depuis 1982) comme imparfait, transitoire. Ils réclament toujours (indépendantistes ou autonomistes) un cran de pouvoir en plus, en fait jusqu’à l’indépendance. C’est la limite de leur position : l’ambigüité. 

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