Le blues des macronistes de gauche…

 Oui, en ce moment, les parlementaires, ministres, militants marcheurs, issus de la gauche, sont désappointés. Ils ont pourtant le sentiment qu’un rééquilibrage vers la gauche de la politique menée est en court… seulement, ce qu’il est convenu d’appeler ‘le peuple de gauche’ (ingrat !) ne s’en aperçoit pas ! L’ambition écologiste, les mesures d’aide à l’économie, le soutien massif aux victimes de la crise du Covid (dernièrement aux étudiants) font exploser tous les dogmes de la rigueur budgétaire… mais ne suffisent pas à convaincre la gauche qu’Emmanuel Macron n’est pas le destructeur du modèle social. Les observateurs libéraux rétorquent que depuis trois ans et demi (et même avant la Covid), les dépenses publiques n’ont jamais diminué… Rien n’y fait, le centre gauche n’est plus à l’aise avec le président. D’abord, parce que les rares décisions gouvernementales qui pourraient avoir la marque_ gauche _ne sont défendues par aucune personnalité d’envergure. Les vrais (et seuls) politiques du gouvernement (Darmanin, Le Maire) sont issus de la droite et sont tout à fait à l’aise (eux !) pour tenir le discours de leur camp. Ensuite, l’attitude présidentielle générale reste très libérale. Même quand il parle d’écologie et promet de se réinventer, même quand il évoque le monde d’après la crise. Souvenez-vous, avant de parler du ‘_monde d’après’, _les macronistes invoquaient un ‘nouveau monde’ . Et c’est justement cette incapacité à définir ce ‘nouveau monde’, c’est-à-dire le but collectif, qui fait que même le centre-gauche se décroche (inexorablement ? c’est la question) du macronisme. Les maîtres-mots du président pour définir ses buts restent ‘l’autonomie’ et ‘l’émancipation‘ individuelles.  

Et ce ne sont pas des mots de la gauche ?!

  Si, s’ils sont au service d’un projet collectif (Liberté égalité ET fraternité). La philosophie des Lumières, que le président invoque souvent, qui a donné la révolution française, la promesse républicaine, donc l’émancipation de citoyens libres, est consubstantielle à la gauche. Mais En Marche, ce parti (au nom de moyen de locomotion sans destination) n’a pas fixé d’autre but que l’émancipation. Or l’émancipation, l’autonomie, sont des projets individuels. C’est bien de vouloir que chacun ait la possibilité de choisir sa vie, ne plus _‘être assigné à résidence’ _mais dans quelle société, pour quel monde ? Sans réponse à cette question, l’émancipation n’est que la compétition de chacun contre tous. Ne pas se poser cette question c’est avaliser le monde tel qu’il est, s’en satisfaire, estimer que (comme le disait Margaret Thatcher) ‘il n’y a pas d’alternative’. La philosophe Myriam Revault d’Allonnes, dans son livre L’esprit du macronisme (Seuil), résume la chose en disant que lorsqu’Emmanuel Macron parle de ‘progrès’ il faut entendre ‘performance’. Dès lors, l’autonomie et l’émancipation macroniennes semblent n’être qu’une recherche d’agilité individuelle pour s’adapter au monde, pas pour en changer… en quelque sorte, les Lumières moins la Révolution. Confusément, sans se le formuler de la sorte, le peuple de gauche ne peut pas adhérer.   

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