Sur la muraille de Chine ce week end, Ségolène Royal a improvisé un proverbe chinois : « Qui vient sur la grande muraille, conquiert la bravitude » a-t-elle affirmé. La « bravitude », un néologisme politique qui a peut-être de l'avenir ! La bravitude génère en tout cas un nouveau clivage : il y a désormais les "pour", et les "contre". Parmi les contre, évidemment les adversaires de Ségolène Royal, qui ironisent sur ses "carences" en langue française. François Bayrou s'amuse de constater que cette faute fait peut-être partie d'un nouveau courant, la "bravitude" lui rappelant "la sauvagitude" inventée par Voutch il y a quelques semaines dans l'un de ses dessins de presse, mais il espère que ce néologisme ne deviendra pas un "théorème politique". Parmi les admirateurs de la néo bravoure, on retrouve évidemment François Hollande qui parle prudemment de "chinoiserie" et Jack Lang, qui s'extasie lui devant "l'inventivité sémantique" de sa candidate ! Mais pourquoi s'arrêter, sur ce mot qui n'en mérite peut être pas tant ? Et bien parce qu'en politique, dès qu'on sort du vocabulaire policé des discours pré mâchés, avec des néologismes, des mots oubliés, surannés, ou des gros mots, ça marque, et ça marche, parce que ça veut dire quelque chose ! Si je vous dis "volapük", forcément vous pensez au général de Gaulle et à sa critique virulente du sabir européen et par extension de l'Europe supra nationale. Si je vous dis "on va passer tout ça au karcher", vous associez immédiatement Kärcher et Sarkozy, il en fit le symbole de son autorité et de sa puissance. Mais c'est évidemment "abracadabrantesque" qui mérite la palme de la trouvaille linguistique... ressorti du fond de sa mémoire rimbaldienne par Dominique de Villepin, qui en fit cadeau à Jacques Chirac en septembre 2000, afin que celui ci efface d'un bon mot, d'un beau mot, les remugles de la cassette Méry. Quand tous les mots de la politique finissent par se ressembler, quand les communicants tournent en rond autour des mêmes slogans pour des candidats différents, il faut trouver des mots qui claquent et qui réveillent ! Dans leur livre, "Combat pour l'Elysée", Jean Véronis et Louis-Jean Calvet montrent combien Jean-Marie Le Pen est un adepte du mot inconnu des correcteurs orthographiques de nos ordinateurs. Le leader du FN invente des centaines de mots. Et sans doute n'est ce pas un hasard si lui, parle encore aux électeurs. Alors à quoi sert la "bravitude" de Ségolène Royal ? Peut-être à prouver que même noyée dans la masse des candidats, elle continue à parler un autre langage. Elle qui tenta d'imposer le "ségolisme" pour éviter le "royalisme", elle qui en Chine préfère parler de "droits humains" plutôt que de "droits de l'homme", c'est diplomatiquement moins dangereux, elle espère sans doute avoir trouvé le mot qui va lui coller à la peau. Parlera-t-on encore d'ici quelques mois de la "bravitude" de Ségolène Royal ? Sa réussite future tiendra peut-être à sa capacité à avoir su créer et imposer son propre vocabulaire.

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