Débuts mouvementés pour cette rentrée parlementaire. En ce moment, on pourrait comparer le Parlement au fameux triangle de Rocquencourt, nœud autoroutier francilien, cauchemar des automobilistes ! Ça coince. Il reste à caser la loi audiovisuelle, le grenelle de l’environnement, la loi de programmation militaire, la réforme pénitentiaire, la réforme dite « création-internet » mais surtout l’examen du plan de relance de l’économie et les lois organiques sur l’organisation du travail parlementaire (justement). Quand il y a embouteillage, il n'y a pas 36 façons de procéder, il y en a deux. D'abord, on peut élargir les voies. Par exemple, on aurait pu envisager que les parlementaires siègent toute l’année, que les députés et sénateurs travaillent aussi le lundi et le vendredi. Pour cela, il aurait fallu écouter la commission Balladur qui s’était prononcée pour le non cumul des mandats. Les parlementaires auraient pu, dès lors, faire leur travail de législateur et de contrôleur de l’exécutif. Mais attention, tous les ingénieurs des ponts et chaussé vous le diront, ça ne servirait à rien de rajouter des voies à Rocquencourt si, au bout, vous ne pouvez pas agrandir le tunnel de Saint-Clou ! Les habitants de la région parisienne voient très bien ce que je veux dire ! Or, quand une loi est enfin votée, il faut que les décrets d'applications suivent. Et ça ne suit pas, ça bouchonne : le journal, "Les Echos" a fait le calcul, 50% des décrets d'application de la fameuse loi de modernisation de l'économie, votée en urgence en août dernier, ne sont toujours pas signés ! Quelle est la deuxième façon de réguler les flux ? Demandez à bison futé, il vous répondra : étaler les départs ! Hiérarchiser les réformes et ne plus considérer que le principal effet d’une mesure c’est l'effet d’annonce. Parce qu’aujourd’hui la naissance d’une réforme est la suivante : D’abord, on fait fuiter l’idée dans la presse, on observe rapidement les réactions ; en même temps, on fait faire une discrète enquête d’opinion. Ensuite, il y a l’annonce effective lors d’un discours, d’un déplacement symbolique. Annonce que l’on aura adaptée aux premières réactions. Puis, vient l’inévitable polémique –qui permet d’en masquer d’autres que l’on n’aurait pas choisies- ça repose quelques mois, pendant ce temps là, deux ou trois ministres se disputent la paternité de la réforme. Au bout du compte, de toute façon, c’est l’Elysée qui tranche les détails. Le ministre du budget, effaré, tentera de la vider de son contenu forcément onéreux. Entre temps, tout le monde aura oublié le sujet et on aura l’impression que le gouvernement nous propose quelque chose de nouveau quand elle sera présentée au conseil des ministres. Ensuite, il faut l’inscrire à l’ordre du jour du Parlement. Nous y voilà, le triangle de Rocquencourt ! Le rythme médiatique et celui de la fabrication d’une loi ne sont pas les mêmes. Nicolas Sarkozy a choisi d’annoncer ses projets au rythme médiatique mais aujourd’hui, le rythme parlementaire se rappelle au bon souvenir du Président ! Alors la majorité a trouvé un troisième truc pour désengorger les voies : Réduire le temps consacré à la discussion d’un texte. Transposé à la route, ça équivaut à décider de rapprocher Rocquencourt de Paris ou à interdire la neige sur l'autoroute Aix/Marseille ! C’est beau comme du Alphonse Allais !

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