**Ce matin, bien sûr, un édito politique autour de Philippe Séguin… L’hommage est unanime… comme on dit toujours en pareil cas !Oui, quand une personnalité meurt on dit ça parce que c’est effectivement toujours ce qui se passe. On ne souligne que les qualités du disparu. Quand le disparu est vraiment exceptionnel, on dit : c’est un hommage unanime et sincère… dans le cas de Philippe Séguin, c’est vrai que l’on peut ajouter…spontané. Pourquoi la mort du premier président de la cours des comptes provoque-t-elle une telle réaction chez ceux, journalistes et hommes politique, qui l’on connu. Il avait bien sur de grandes qualités. Il avait aussi des défauts. Et pas seulement ceux que l’on souligne en pareils cas, vous savez ces faux défauts qui cachent des qualités : trop de franchise, un caractère entier et colérique. Non, Philippe Séguin a aussi parfois été injuste et brutal, même s’il avait des vraies convictions, une grande culture, une réelle indépendance d’esprit, il a parfois joué un double jeu pas très glorieux, notamment dans ses relations avec Charles Pasqua et Jacques Chirac. Son républicanisme militant et sincère ne l’a pas empêché d’écrire une biographie élogieuse de Napoléons III. Mais, oui… Philippe Séguin avait quelque chose de plus, de très Français qui fait de lui un homme politique qu’on aime à droite comme à gauche. Au moment où il meurt, il représente deux aspects de la politique qui, je pense doivent toucher tous les amoureux du débat d’idées et de notre histoire contemporaine. Il meurt à un moment où la politique étouffe sous la com’ et où l’on ressent un besoin de République. Séguin était un homme politique… Politique, à l’ancienne, avec du coffre, une voix d’avant les micros, une culture d’avant les écrans, une gaucherie d’avant conseillers en communication, un art de la dialectique d’avant les éléments de langage, un phrasé d’avant le formatage. On aime Philippe Séguin comme on aime cette idée qu’il faut retrouver de l’authenticité dans nos vies. En quoi était-il, comme vous dites, « très français » ?Il incarnait une sorte d’équation politique assez subtile qu’on ne trouve que chez nous, idéologiquement incompréhensible pour les journalistes étrangers. Je me souviens de l’avoir suivi dans plusieurs déplacements pendant la campagne pour le référendum de Maastricht et d’avoir dû tenter d’expliquer à des confrères européens le pédigrée du personnage. Ils avaient du mal à comprendre : De droite mais pas libéral ni conservateur. Nationaliste mais ouvert sur le monde, Républicain mais bonapartiste… François Fillon le soulignait, hier, et Henri Gaino, qui sera avec nous à 8 heure 20 y reviendra bien sur… « la République », voilà le fil conducteur de la vie de Philippe Séguin. Voilà une autre raison de la spontanéité de l’hommage unanime… la République est une valeur refuge pour les français, sa côte remonte au moment ou le capitalisme, le libéralisme, le socialisme et la sociale démocratie s’épuisent ou se décrédibilisent. Les valeurs de la République étaient invoquées en permanence par ce gaulliste social. Bien sûr tout le monde les invoque et ces valeurs sont assez protéïformes pour servir à justifier des politiques contraires mais Philippe Séguin représentait une version rassurante et protectrice de la République. La République sociale et nationale qui a donné ce que l’on appelle le « modèle social français », celui qui était au cœur du débat de la dernière élection présidentielle, celui qui était ringardisé par la mondialisation et le libéralisme ambiant il y a un an encore et que l’on porte aujourd’hui au pinacle parce qu’il est notre amortisseur de crise et notre ciment. Philippe Séguin représentait ce modèle façonné par notre histoire depuis 200 ans et qui a aboutit au moment du Conseil National de la Résistance. La droite et la gauche s’y retrouvent. Il n’y a pas tant de domaine consensuel que ça dans la politique française…voilà pourquoi la mort de Philippe Séguin nous touche presque intimement.**

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