Vous revenez sur la nostalgie Mitterrand et Chirac qui prend l’opinion et la presse.

Oui, ces deux présidents, plus vraiment populaires à la fin de leurs si longs mandats, voient leur étoile briller à la faveur de l’anniversaire de la mort de l’un et de l’inquiétude qui se répand sur l’état de santé de l’autre. Mitterrand et Chirac sont les seuls présidents de la Vème République à avoir été réélus au suffrage universel direct (De Gaulle, réélu en 65 n’avait été désigné que par un collège de grands électeurs en 1958). Mais les réélections de Mitterrand et Chirac sont trompeuses. Le 1er, président de cohabitation depuis 2 ans, en 1988, était en réalité un président d’opposition, n’endossant que la responsabilité flatteuse et valorisante de la politique étrangère. Le 2nd, également président de cohabitation, avec les mêmes avantages, n’avait fait que 20% au 1ertour de sa réélection, acquise finalement grâce à la gauche, par défaut, face à JM.Le Pen.

Mais on a l’impression que ces deux présidents incarnaient mieux la fonction que leurs successeurs

Et c’est à la fois vrai et injuste. Mitterrand et Chirac, à des degrés différents, ont vécu des guerres, traversé des époques plus épiques, avaient plus d’épaisseur culturelle, une vie plus romanesque que leurs successeurs qui semblent être exclusivement politiciens, sans mystère, parfaitement lisibles. Mais en réalité, les présidents sont les produits de leur époque. Et ce que l’on acceptait de Mitterrand et Chirac, ce qui d’ailleurs les rendait plus président, aujourd’hui nous ferait horreur : l’utilisation démesurée des moyens de l’Etat pour leur confort personnel, le comportement néo-monarchique. Surtout l’art du mensonge et de l’opacité dont et Mitterrand et Chirac était des maitres absolus, bien plus que Sarkozy et Hollande, serait aujourd’hui impossible dans une société ouverte et sur informée en continu. Plus important, leurs bilans ne sont pas reluisants. L’élection de Mitterrand, était, en elle-même, un fait historique suffisant pour que son nom reste dans l’histoire. En mai 1981 on a pu constater, seulement à ce moment-là, que la Vème République était une démocratie adulte qui acceptait l’alternance. Cette élection a permis un renouvellement salutaire de la classe politique et des avancées importantes sur le plan des libertés. Mais en économie c’est un ratage quasi complet ! J.Chirac, lui, a été élu pour réduire la fracture sociale. Magistral ratage, là aussi ! En dehors de la politique étrangère, les années Mitterrand-Chirac 1981/2007, 26 ans, quand même (!) n’ont pas adapté la France à la mondialisation, ont laissé le modèle d’intégration se déliter. Ils ont, pour des raisons de pouvoir, entretenu la culture de l’affrontement binaire, empêché l’émergence de la nécessaire culture du compromis qui nous fait tant défaut. Ils n’étaient pas, comme N.Sarkozy ou F.Hollande, soumis à une constante tyrannie de la cohérence et de la transparence, due au nouveau rythme effréné de l’info et des réseaux sociaux. En fait, les souvenirs d’une époque se confondent avec leurs dirigeants (et leurs artistes, comme Michel Delpech…ces derniers jours). Les sentiments enjolivés dont bénéficient aujourd’hui F.Mitterrand et J.Chirac sont tout simplement aussi nostalgiques et peu objectifs, déformés que ceux que l’on a généralement sur sa propre jeunesse.

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