Le Rassemblement-National et LFI entendent capitaliser sur la crise des Gilets jaunes.

Ces deux partis sont  naturellement les plus à même de tirer les marrons politiques de ce feu social d’essence populiste. Il faut d’ailleurs s’entendre sur ce mot ‘populiste’. Un petit livre nous y aide, _Brève introduction au populisme, _des Américain et Chilien Cas Mudde et Cristobal Rovira Kaltweasser, paru aux éditions de l’Aube. Il y est distingué plusieurs formes de populismes et proposé une définition qui les englobe … le populisme c’est, je cite : ‘_une idéologie peu substantielle (c’est-à-dire pour laquelle l’intérêt d’une idée réside d’abord et avant tout du fait qu’elle vienne du peuple plus que de sa substance)… une idéologie qui considère que la société se divise en deux camps homogènes et antagonistes, le_ «peuple pur» et «l’élite corrompue»,  et qui affirme que la politique devrait être la volonté générale du peuple’… Chacun à leur façon, LFI et le RN répondent à cette définition. Une idéologie, normalement, c’est un ensemble d’idées normatives sur l’homme et la société. Avec le populisme, il s’agit plutôt d’une approche particulière de la politique et de la démocratie, parfois même simplement une stratégie de conquête du pouvoir. Aujourd’hui, s’appuyant sur la volonté du peuple, le populisme est (techniquement) dans le champ démocratique. Mais il entend défier la démocratie dite libérale, c’est-à-dire la démocratie qui ne se contente pas seulement des élections mais qui compte aussi sur une organisation faite de délégations de pouvoir, de séparation des pouvoirs et de contre-pouvoir permanents, bref d’intermédiaires qui, pour elle (la démocratie libérale), garantissent les libertés fondamentales mais qui, pour la démocratie populiste, ont fini par les confisquer au profit de la seule élite.

Mais les populismes de LFI et du RN ne sont pas les mêmes?

Non, le 1er, le populisme de gauche, défini et défendu par le politologue argentin Ernesto Laclau et la philosophe belge Chantal Mouffe, consiste à  réintroduire une sorte de démocratie radicale pour encourager un retour à la politique de toute une partie de la population qui s’en était détournée afin de remettre en cause l’ordre économique et social devenu trop inégalitaire. Dans le cas du populisme de droite, il s’agit de promouvoir des solutions autoritaires sous l’égide d’une personnalité charismatique et assez volontaire pour passer outre les corps intermédiaires et la technostructure, avec en toile de fond une préoccupation plus identitaire que sociale. Le mouvement des gilets jaunes est, assurément, une révolte d’une partie du peuple contre les élites. On ne peut déceler s’il penche à droite ou à gauche, même si les préoccupations sociales sont quand même, en apparence, plus présentes que les préoccupations identitaires. Dans un mouvement de contestation radical comme celui-là, les populismes de gauche et de droite peuvent se retrouver. Ils peuvent dire non et crier leur colère de concert… mais quand il s’agira de proposer des solutions et de traduire politiquement et positivement la colère jaune, il faudra choisir entre le rouge et le brun. Plus question de nuances, de la couleur ! Seulement voilà ! Si vous mélangez ces deux couleurs, en politique comme en chromatique (voyez l’Italie), vous obtenez … du brun… 

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.