Pour se mettre dans la roue du winner, Marine Le Pen avait même fait le pied de grue au bas de la Trump Tower, à New York, pendant la campagne de 2016. Mais le piège Trump se referme sur Marine Le Pen

Marine Le Pen se fait avoir par le trumpisme assez régulièrement ! Mais elle recommence, comme fascinée. Devant l’évidence, là quand même, la patronne du RN, en revient, ne reconnaissant la victoire de Joe Biden qu’hier. Donald Trump, croyait-elle, était la preuve vivante qu’une offre populiste, antisystème, anti-média pouvait l’emporter dans une grande démocratie. 

Selon l’adage, pas toujours vrai, par lequel tout ce qui se produit outre-Atlantique finit par arriver en Europe, l’exemple Trump devait aider la candidate d’extrême-droite à briser son plafond de verre. Pour se mettre dans la roue du winner, Marine Le Pen avait même fait le pied de grue au bas de la Trump Tower, à New York, pendant la campagne de 2016. 

Elle voulait obtenir la photo complice avec le héros du moment. Peine perdue, Trump ne daigna pas la recevoir. Rien à dealer avec une inconnue en Amérique… aucun intérêt. Mais la faute stratégique majeur de Marine Le Pen réside dans une appréciation erronée du phénomène Trump.  

C’est à dire ?

Le candidat républicain a réussi par la stratégie de l’éléphant dans le magasin de porcelaine, en cassant tous les codes de la bienséance politique, dans le vocabulaire, le comportement, la gouvernance. Marine Le Pen a voulu le singer, notamment lors du débat de l’entre-deux tours en 2017, en adoptant une attitude moqueuse, gouailleuse, déplacée. 

Mais la nature des antisystèmes américains et français est différente et Marine Le Pen ne l’avait pas perçu. 

Aux Etats-Unis, les petits blancs du Midwest détestent l’Etat fédéral. Plastiquer la bienséance démocratique de Washington était une bonne stratégie (jusqu’à un certain point quand même, comme on l’a vu mercredi). 

En France, les électeurs de Marine Le Pen détestent les tenants habituels du pouvoir mais pas l’Etat ni les hommes ou femmes d’Etat !

Là où  le ltrumpiste vit l’intervention de Washington comme une atteinte à sa liberté, l’électeur populaire français veut un Etat plus fort dans tous les domaines. L’attitude de Marine le Pen en 2017 est alors apparue comme anti-présidentielle. Autre erreur d’analyse : la posture anti médias de Donald Trump ne peut pas se décliner en France, de cette façon du moins… 

Aux Etats-Unis, la presse écrite n’est pas contre Trump du fait de son programme mais en raison de son rapport très distancié avec la vérité. Trump est un menteur invétéré. Il a l’écho d’électeurs irrationnels, ultrareligieux, enfermés dans leur bulle cognitive avec leurs propres médias. Les électeurs de Marine Le Pen n’en sont pas là, pas encore du moins ! 

Ils pensent que la presse ne s’intéresse pas aux vrais problèmes (immigration insécurité) mais ils ne disposent pas, à ce point, de médias (aussi puissants qu’aux Etats-Unis du moins) qui proposent des réalités alternatives délirantes qui nourrissent des antagonismes aussi fondamentaux. Les ressorts du populisme ne sont, tout simplement, pas les mêmes. 

Marine Le Pen ne l’a pas vu. Le succès de Trump n’avait pas aidé Marine le Pen… En revanche si son échec est le signe du début de la décrue populiste mondiale (ce qui est loin d’être acquis),  alors Marine Le Pen en pâtira aussi.  

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