Hier, les leaders socialistes se sont rendus, en bus, comme des sportifs, au centre d'entraînement de l'équipe de France de Rugby de Marcoussis, à l'invitation de Martine Aubry. C'est du management symbolique. Alors, c'est quand même une drôle d'idée, mais bon, explorons le parallèle que l'on peut faire entre la politique et ce beau sport inventé en 1823 dans un collège anglais de la petite ville de Rugby. Sport britannique à l'origine donc, devenu aussi français en s'ancrant dans le sud-ouest, à l'ombre des clochers des villages où l'on jouait autrefois à l'ancêtre assez sauvage du rugby : la soule. Déjà, bon point pour le PS : le sud-ouest, historiquement terre d'élection pour les socialistes. Les caractéristiques du rugby seraient, en effet, assez utiles pour le PS. Pour tous les partis, d'ailleurs ! Jugez plutôt : pour jouer au rugby, il faut être courageux, collectif, avoir l'esprit de sacrifice et ne pas avoir un égo sur dimensionné. C'est un sport de combat, parfois brutal mais qui demande un grand sens stratégique. Et quand on porte la balle, c'est généralement pour foncer dans le tas, essayer de fixer le plus d'adversaires sur soi afin d'offrir le ballon, à un partenaire qui est forcément derrière soi. C'est pour lui que l'on aura avancé. Lui, pour qui la voie sera ainsi, un peu plus dégagée. Ce n'est pas comme au foot, où l'avant-centre vedette et râleur attend devant qu'on lui envoie la balle pour qu'il puisse marquer. Du coup au rugby, ce sont les arrières qui marquent le plus souvent. Il y a un petit côté, « les derniers seront les premiers » qui devrait plaire aux cathos de gauche, bien représentés à la tête du PS en ce moment. Les 3/4 qui marquent plus souvent que la première ligne, ça veut dire que toute l'équipe a dû labourer le terrain (et parfois un peu l'adversaire) pour qu'enfin les arrières puissent conclure devant la ligne. Autant que l'attaque et le moment glorieux de l'essai, la défense n'est efficace que collective. Le PS est dans l'opposition, le rugby est fait pour lui : les vrais amateurs de rugby apprécient autant une belle défense et un plaquage courageux qu'un essai. Les rares vedettes du rugby, Spanggero, Rive ou Chabal le sont plus par leur dégaine que par leurs performances. Il n'y a pas de star au rugby tout simplement parce qu'il est très difficile de briller tout seul. Voilà certainement ce que Martine Aubry a voulu mettre dans le crâne de ses camarades en les amenant à Marcoussis. Mais on peut aller plus loin dans la leçon que donne le rugby à la politique. D'abord le respect des règles. Elles sont très complexes et évolutives, souvent sujet à caution, mais la contestation d'un arbitre est inenvisageable pendant un match. Et puis, le rugby a son système juridique assez particulier qui pourrait inspirer le PS, notamment pour l'organisation des primaires : au rugby, les règles changent un peu tous les ans. L'International Board adapte les règles à l'évolution de la pratique du jeu. C'est assez britannique comme conception du droit. Par exemple, il était interdit d'aider le sauteur en touche. Ses voisins ne pouvaient pas le soulever pour qu'il saute plus haut. Mais ça se faisait en douce à chaque match. Le Board a donc décidé d'autoriser en le codifiant ce que les rugbymen appellent l'ascenseur. Le rapport avec les primaires du PS : puisque de toute façon les écuries présidentielles existent, autant les institutionnaliser et les organiser sous forme de primaires. Adapter les règles à la pratique, comme au rugby. D'une pratique irréductible, les socialistes devraient faire une règle délimitée. Une fois les primaires passées, les débats tranchés, les perdants devraient aussi s'inspirer de la sportivité des rugbymen, s'échanger leur maillot, aller boire des bières et hurler des chants basques, en rentrant d'un congrès à Bannière-de-Bigorre pourquoi pas ! Ça leur ferait du bien.

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