L’édito politique, exceptionnellement présenté par Jean-François Achilli.

Dans vingt-cinq jours, le 1er août, ce sera la pause estivale pour le gouvernement, qui ne sera pas tout à fait en vacances.

C’est la menace fantôme, agitée hier par Nicolas Sarkozy, lors du conseil à l’Elysée: « les ministres peuvent se reposer, mais ils ne sont pas en vacances ». Vu le ton du président, personne n’a bronché autour de la table.

Alors : fini le petit Falcon, finies les vacances sous les cocotiers au frais d'un prince de la finance ou du pétrole. C’est tout le monde en France, en Corrèze et à la Baule pour Valérie Pécresse, au Pays Basque pour Roselyne Bachelot ou Bruno Le Maire, il y a franchement pire.

Nicolas Sarkozy donne l'exemple, avec ses trois semaines chez son épouse Carla, dans sa paisible résidence du Cap Nègre au Lavandou, les pieds dans l'eau, mais toujours joignable, toujours sur la brèche.

Le chef de l’Etat a également fait la leçon aux petits nouveaux du dernier remaniement, les Sauvadet et autres Laffineur : « c’est le plus beau jour de votre vie, vous vous en souviendrez toujours, il va falloir travailler, et le jour où vous serez remerciés, il ne faudra pas pleurer ». Et cette mise en garde finale : « vous ne parlez pas aux journalistes, parce qu’au fond, l’interview que vous ne leur donnerez pas, vaudra mieux que la faute que vous commettrez au départ, et que vous paierez par la suite ».

Pour la petite histoire, le président s’est confié, en comité restreint, sur l’affaire DSK, en regrettant que « la France soit en décadence sur le plan de la morale » - ce sont ses mots : « on parle de sexe, de viol, de primaire au PS, primaire au centre, primaire chez les Verts, et pendant ce temps les socialistes ne s’occupent pas de nous. Et nous, on s’occupe de choses importantes », a expliqué Nicolas Sarkozy dans l’un de ses monologues censés regonfler le moral de ses troupes.

Ça ne va pas rigoler jusqu’aux vacances.

Justement, Jean-François, les ministres n’ont pas le droit d’aller à l’étranger ?

En principe, ils le peuvent. A la condition d’appliquer la circulaire numéro 5514, signée de la main de François Fillon. Cette note interne, établie le 23 février 2011, est la conséquence directe du sympathique voyage tunisien de Michèle Alliot-Marie. Les invitations adressées aux membres du gouvernement pour des séjours privés à l’étranger, hors union européenne, doivent être soumises au secrétariat général qui mènera son enquête.

En gros, si vous débarquez à Matignon en disant : tiens il y a le colonel Kadhafi qui m'invite quinze jours sous sa tente climatisée, ça ne va pas le faire. En revanche, des vacances à New-York à l’hôtel, mais tranquilles, ça, c’est possible. Problème : qui va oser franchir le pas, avec un futur candidat qui, lui, ne va pas quitter le territoire national, prêt à bondir à la moindre alerte ? Il y a de plus le précédent de la canicule de l’été 2003, ce désastre sanitaire avec aucun membre du gouvernement à Paris.

François Fillon a prévenu les ministres : ils devront, avant de partir, remplir une fiche signalétique, destination, numéros de téléphone pour être tout le temps joignable. Matignon veut même communiquer autour du listing du gouvernement en vacances, question de transparence.

Nous allons finir par croire qu’après tant d'années d’excès et de dérapages, le job de ministre serait en passe de devenir tout ce qu'il y a de plus "normal", un concept plutôt à la mode ces derniers temps.

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