Il y a dans ce gouvernement une petite pointe de politiquement incorrect…

Le ministre français de la Justice, Eric Dupond-Moretti, quitte le conseil des ministres au palais présidentiel de l'Élysée à Paris, en France, le 7 juillet 2020
Le ministre français de la Justice, Eric Dupond-Moretti, quitte le conseil des ministres au palais présidentiel de l'Élysée à Paris, en France, le 7 juillet 2020 © AFP / Aurelien Morissard / NTB SCANPIX MAG / NTB scanpix

Oui,  comme si le président, à l’approche de la présidentielle, voulait que  sa majorité retrouve l’oreille d’une partie du peuple… de ce peuple qui a  le sentiment que la macronnie serait le parti des métropoles aisées, des jeunes intégrés dans la  mondialisation. 

Cette partie de la population à l’aise, bien dans la  modernité, connectée mais qui imposerait une certaine façon de voir le  monde et la vie… en multipliant les injonctions hygiénistes, moralisatrices, les interdits moraux… au reste de la population qui ne  se sentirait pas admis dans ce monde et ce mode de vie, véhiculé par les  médias et les leaders d’opinion. 

Il y a tout un tas de termes  stigmatisant pour qualifier cette oppression : ‘dictature de la pensée’, ‘politiquement correct’, ‘pensée-unique’,  ’bien-pensance’,’boboïtude’. Des termes d’ailleurs jamais définis… ou  alors par leurs contraires, termes positifs, eux : ‘politiquement  incorrect, enraciné, proche du peuple’ bien sur… 

Eric Dupond Moretti, grand amateur de chasse au chien d’arrêt, pourfendeur d’interdits  sanitaires ou hygiénistes, fustigeur de #MeToo et du nouveau féminisme,  des excès des écologistes, des limitations de vitesse... est donc aussi  là pour ça. 

De l’autre côté, le Premier ministre qui a réduit la vitesse à 80 km/h n’est plus là, Marlène Schiappa, la figure  féministe du gouvernement d’avant, n’est plus là… Mais un autre ministre  à la tête d’un autre poste régalien a été nommé alors que certains l’accusent de viol. 

Comme si le président avait voulu s’adjoindre quelques grandes gueules (ajoutez-y Roselyne Bachelot)  quelques voix tonitruantes, propres à distiller l’esprit Audiard qu’il  aime tant… une façon de raccrocher les wagons avec les Gaulois  réfractaires ou pas…

C’est malin, non ?

Oui  d’autant que le casting anti-politiquement correct ne cède pas aux  passions tristes des Zemmour ou de Villiers. Souvent l’anti-bien  pensance est conservatrice, voire réactionnaire. Pas là ! Le discours d’Éric Dupont-Moretti, hier, lors de la passation  de pouvoir au ministère de la Justice a montré l’avocat-ministre pour ce  qu’il est aussi… 

Il ne cède en rien à l’esprit sécuritaire de ceux qui  se disent proches du peuple… au contraire il se présente comme le défenseur des libertés et des droits de l’Homme.  Sa première visite était d’ailleurs pour une prison… Et il a fustigé  ceux qui osaient encore dire que la détention, c’était le confort 4  étoiles ! Dupont-Moretti, là où il est, va donc continuer à défendre. 

On attend le prochain bateau plein de réfugiés que  la France n’acceptera pas, les décrets d’application de la loi qui  prolonge la sanction des détenus pour terrorisme en fin de peine, on  attend la prochaine bavure policière, pour voir si le garde des sceaux tient toujours son discours habituel (il n’y a  pas de raison qu’il change)… Il se fera traiter de naïf, éloigné d’un  peuple qui demande de l’autorité et de la sécurité… il se fera même  traiter de bien-pensant. Parce que finalement on est tous le bien-pensant de ceux qui ne pensent pas comme nous… 

L’intérêt  d’Eric Dupont- Morreti, c’est qu’il casse les cohérences politiques  habituelles… le risque, c’est que cela ne tienne pas très longtemps…on  verra !

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