Ces résultats modifient le paysage politique français, parce qu’ils ont un aspect très spectaculaire, particulièrement à gauche. Avant de détailler ce remodelage que l’on peut deviner, il ne faut pas oublier que ce sont des élections européennes et que, dans l’esprit de beaucoup d’électeurs (les enquêtes sorties des urnes nous le montrent), c’est le débat européen qui les a guidés. Ça ne veut pas forcément dire que l’Europe intéresse ou enthousiasme plus qu’on ne le pensait puisque nous avons quand même un taux d’abstention record. Mais, ceux qui se sont déplacés, ont répondu à la question européenne d’abord et ils ont mis des « hors sujets » aux listes qui n’avaient pas mis l’Europe au cœur de leur campagne. Le NPA privilégiait la question des luttes sociales. Ces questions intéressent certainement les Français et Olivier Besancenot est tout indiqué pour en parler, mais tout simplement, ce n’était pas le sujet, son score est donc décevant pour lui et son nouveau parti. Il a été devancé par le Front de Gauche avec un vibrillonant et efficace Jean-Luc Mélenchon qui a repris le flambeau du Non de gauche de 2005, et parlé de modèle européen alternatif. Il fait un score honorable. On pourrait décliner toutes les listes en expliquant leur fortune ou leur infortune par rapport à l’intensité du thème européen dans leur campagne. Le score du Modem en est l’illustration tragique pour François Bayrou. Mais cette démonstration est peut-être moins valable pour les deux grands partis de gouvernement, l’UMP et PS. Le succès du premier tient sans doute plus à l’unité de la majorité relativement mobilisée pour soutenir Nicolas Sarkozy, présenté sous un jour favorable à l’issue de la présidence française de l’Union. Succès de l’UMP dû aussi aux thèmes porteurs pour son camp comme celui de la sécurité réactivé opportunément. Au total, au niveau national donc, ça donne un beau score pour un parti mais pas forcément pour une majorité, d’où, sans doute, la réaction sans triomphalisme excessif des représentants de l’UMP hier soir. Même si le bon score de l’UMP et la claque du PS s’inscrivent aussi dans un mouvement d’ensemble en Europe, on peut constater tout de même que la droite, en France, est en avance sur la gauche en ce qui concerne la réorganisation de son camp et la formulation de son offre politique. L’UMP, bien organisée, est en ordre. De l’autre côté, alors que la gauche est majoritaire dans notre pays, il y a un vaste tâtonnement idéologique, comme si, paradoxalement, la crise du capitalisme obligeait ceux qui critiquaient le capitalisme, et qui vivaient de cette critique, à changer radicalement. Il y a dans le message des urnes d’hier soir un appel à remettre en cause le modèle dominant mais à proposer autre chose que les vieilles recettes de la sociale démocratie. Les scores de toutes les listes écologistes réunies dépassent les 20%. Le PS, qui reste tout de même le point d’ancrage de l’alternative politique, doit intégrer, digérer et utiliser ce message puissant et idéologique. Au-delà, donc, de cette révolution culturelle réclamée, il y a aussi, et ce n’est pas à négliger (l’exemple de l’UMP est là pour le prouver), il y a aussi à réfléchir à une autre organisation de la gauche. Et ça va être compliqué parce que les écologistes qui ont gagné hier, ce ne sont pas que les verts, c’est un congloméra de circonstances qui n’a pas de structure. Le parti vert c’est quelques milliers de militants. En face, avec pourtant le même score, le PS est une puissante machine, premier parti d’élus de France, hégémonique en région, majoritaire dans les départements et à la tête des villes de plus 3.500 habitants. Comment ces deux organisations si dissemblables vont faire pour offrir une alternative commune un jour à une puissante UMP ? Voilà ce double chantier idéologique et organisationnel complexe et passionnant qui s’ouvre pour la gauche à partir de ce matin.

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