Question classique dans l’exercice du commentaire politique :Où est le centre ?Question classique effectivement parce que ça change souvent et que parfois il faut faire le point. Alors attention si ça change souvent ce n’est pas par une inconstance particulière, ne sombrons pas dans la moquerie facile, le centre varie plutôt moins que la droite ou la gauche, sur l’Europe, les déficits, les valeurs humanistes, il y a des constantes assez solidement ancrées, propres aux centristes. Seulement voilà, le centre étant au centre, il bouge malgré lui. Comment dire, le centre est au milieu de l’échiquier politique français et c’est inconfortable, un peu comme d’être au milieu à l’arrière d’une 2cv vous vous souvenez ? On n’est pas au volant, on est balloté…et il y a la barre ! Les auditeurs les plus âgés comprendront cette comparaison bizarre. Depuis quelques années c’est le MODEM de François Bayrou qui occupe cette place. Et quand on était au milieu, à l’arrière d’une 2 CV on passait tout le voyage à râler ! C’est exactement ce que fait François Bayrou ! Certains fins observateurs de la tectonique des plaques politiques croient déceler, en ce moment, une déportation vers la droite de François Bayrou. Le patron du MODEM ne se comporterait plus en opposant virulent de Nicolas Sarkozy…il a même été reçu par le président. Voila François Bayrou qui trouve que la réforme des retraites envisagée n’est pas si mal, que la façon dont Nicolas Sarkozy parle des déficits c’est plutôt bien ! On dit « il a raté les régionales, il revient vers sa famille d’origine pour sauver sa peau » et tout s’explique. Sauf que c’est peut-être une illusion d’optique. D’abord c’est l’Elysée qui a fait fuiter l’information selon laquelle il y eu un entretien entre Nicolas Sarkozy et François Bayrou et que cela se serait très bien passé ! Et puis, le centre semble bouger parce que les autres (la gauche et la droite) bougent. On aime ou on n'aime pas mais c’est vrai que François Bayrou a toujours été pour l’inscription du principe d’équilibre budgétaire dans la constitution, il a toujours eu à peu prés le discours actuel du gouvernement sur les retraites… pendant ce temps là Martine Aubry développe un discours censé gauchir son image pour consolider son camp. Ce gauchissement l’éloigne du centre… du coup la cohérence programmatique de François Bayrou le rend « politiciennement » incohérent. Il trouble ses partisans les plus récents qui avaient rejoint un anti-sarkozyste sans faille et voila le centriste Bayrou obligé de faire un exercice centriste par excellence : se justifier d’avoir pensé plus tôt ce que les autres commencent à dire. Il est piégé !Mais c’est dans la nature du centriste que d’être piégé sous l’empire de la Cinquième République organisée autour de l’élection présidentielle qui suppose de finir par rassembler plus de 50% des électeurs, non pas tant sur un projet que sur un nom. Ça penche forcement soit d’un coté, soit de l’autre. Un centriste qui entre dans un gouvernement, devient de centre gauche ou de centre droit. Comme si le centriste ne pouvait être que pillé de ses idées avant d’être dominé ou supplétif ! A gauche certains leaders peuvent faire mine de vouloir s’allier avec lui pour se distinguer d’autres leaders, à droite on sait que pour gagner il faudra bien leur voix au second tour. Nicolas Sarkozy s’aperçoit que le Nouveau Centre d’Hervé Morin n’a aucun poids. Il a tout intérêt à ce que se répande l’idée que François Bayrou se rapproche de lui. Bientôt, vous allez voir, le président, au volant de sa 2 CV va lui proposer de quitter la place du râleur à l’arrière sur la barre pour venir devant ! Mais attention pas au volant, à la place du mort, à coté de lui !

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