**La Réunion, terre de métissage : un thème est au cœur de bien des problématiques françaisesC’est à la fois un espoir et une angoisse pour bon nombre de nos concitoyens. Ce mot, le « métissage », est ambivalent. Il est chargé de symboles d’ouverture, mais il est aussi vécu comme un danger. Logiquement, l’idée de métissage est tout-à-fait adaptée à notre modèle républicain, puisque la République ne reconnaît pas les races. Nous nous refusons à classifier, à distinguer les communautés, mais nous n’allons pas jusqu'à nier le racisme. Il n’y a pas de races en France mais il y a du racisme ! Comment se débrouille–t-on avec ce cul-de-sac conceptuel ? Le métissage peut apparaître comme une réponse à cette contradiction. Avec lui, plus de race, plus de racisme. Comme dans la chanson de Pierre Perret : « c’est la couleur contre laquelle on ne peut rien ». Après l’assimilation, après l’intégration, deux mots qui ont connu des fortunes et des acceptions diverses dans le débat français, voilà donc que le métissage devient l’alfa et l’oméga de l’avenir de la France. En 2007, Ségolène Royal en appelait à une République métissée et, à son tour, Nicolas Sarkozy, dans une tribune publiée dans Le Monde , avait évoqué, en 2010, le métissage comme une perspective pour la France. Etait-ce un mot inédit pour évoquer l’identité de la France dans la bouche du Président de la République ? En réalité, Nicolas Sarkozy avait déjà parlé du métissage de la France dans un discours en décembre 2008. Il disait ceci : « l’objectif, c’est de relever le défit du métissage, ce n’est pas un choix, c’est une obligation, on ne peut pas faire autrement ». Vous remarquerez que dans cette phrase, si vous remplacez le mot « métissage » par le mot « mondialisation », ça marche aussi. Le métissage serait une fatalité du monde moderne. Comme pour la mondialisation, il y a un double débat autour de cette notion. Le métissage est-il inéluctable ou peut-on le combattre ? Est-ce une solution ou un problème ? Beaucoup de réponses possibles, donc pas de malentendu. Surtout qu’à l’idée de métissage biologique s’ajoute celle du métissage des cultures, des religions, des cuisines, des modes de vie. Le métissage produit-il une autre culture qui fait disparaître les cultures d’origine, ou enrichit-il toutes les cultures par un phénomène de rencontre ? Le métissage n’aligne pas, il rapproche les cultures dit Jean-Claude Guillebaut quand il parle de « modernité du métissage » dans son livre Le commencement d’un monde . Tout le monde ne l’entend pas ainsi. Et il n’y a pas que l’extrême droite qui craint le métissage en métropole. Le philosophe Alain Finkielkraut et le sociologue Pierre-André Taguieff s’opposent au métissage obligé, érigé en nouveau totem, à cette notion dominante qui serait la négation de la diversité du monde. « Si métissage généralisé il y a, alors ou est l’autre, ou est l’altérité ? » demande Finkielkraut. Une réponse existe à la Réunion où, bien sûr, il y a des crispations, mais ou les minarets côtoient les clochers de façon plutôt paisible. On ressent la multitude et la diversité, toutes les religions, pas d’intégrisme. L’avantage, sans doute, ici, c'est qu'il n'y a pas de population d'origine qui se sentirait envahie. L’uniformité ne menace pas, le communautarisme non plus, le mariage mixte, qui est légion, n’est pas un facteur de déracinement. Le métissage est donc une réunion plus qu’une mixture. L’île, finalement porte formidablement bien son nom.**

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