Si l’on se passionne pour la vie de l’appareil socialiste…alors on peut considérer qu’A.Montebourg est venu troubler le bel ordonnancement parfaitement soporifique du Congrès de Poitier. Si l’on s’intéresse au débat d’idées, alors, au contraire, A.Montebourg et M.Pigasse ont sauvé ce Congrès. Sans leur tribune du JDD, personne ce matin ne s’intéresserait aux 4 jours de Poitiers. Bien sûr, les frondeurs du PS ont fait entendre leur voix. Mais sans autres conséquences que d’obliger Manuel Valls à user, peut-être une fois de plus, du 49.3 pour la loi Macron. Et la motion majoritaire qui réunit ET Martine Aubry (favorable à une consolidation des droits des salariés) ET Gérard Colomb (favorable la fin du CDI et des 35 heures), constitue une forme de synthèse dont PS a le secret (synthétique parce qu’ambiguë), plus faite pour régler un problème politique et interne que pour trancher clairement une question idéologique et même programmatique. Donc, A.Montebourg, avec sa finesse d’officier de cavalerie, est venu tout bouleverser. M.Pigasse, banquier chez Lazard, en mission de conseil pour Syriza, apparaît, aux côtés d’A.Montebourg, faux retraité de la politique, comme le pendant d’un autre banquier : E.Macron, aux côtés, lui, de M.Valls

Vous voulez dire que le vrai débat au PS devrait être entre Montebourg/Pigasse et Valls/Macron ?

Au moins ce sont deux lignes claires. On croit que le PS a tranché mais c’est faux. Ni M.Valls ni JC Cambadelis, qui sans doute ont le social-liberalisme honteux, n’ont osé citer le nom d'E.Macron à la tribune… Lui-même (en ne touchant finalement pas au contrat de travail et en laissant amender sa loi qui commence à ressembler à une motion de synthèse)… lui-même n’applique pas pleinement la politique à laquelle il croit. Au fond, le vrai débat au sein de la sphère socialiste est toujours le même : d’un côté ceux qui estiment que la France est enkystée dans toute une série de règles (des droits formels) qui ne protègent même plus les travailleurs. Ils estiment qu’il faut soulager les entreprises de certaines charges afin qu’elles investissent enfin. De l’autre côté, ceux qui pensent que l’idéologie « austeritaire » de Bruxelles et Berlin bride la croissance et rend la société plus inégalitaire et plus sauvage. Et au milieu, le PS officiel de Cambadelis penche plutôt vers Valls/Macron mais prend bien soin de gauchir artificiellement son discours pour ne pas achever de désespérer les militants. En réalité le vrai débat Montebourg/Valls ou Macron/Pigasse n’a jamais été tranché de façon limpide. 10 ans d’opposition n’ont donc pas suffi au PS pour y réfléchir. Le problème, c’est que nous nous intéressons beaucoup plus à la course de chevaux de la présidentielle qu’au débat d’idées. F.Hollande s’est fait élire sur l’ambiguïté qui résulte de ce refus de trancher clairement. Mais en choisissant de rallier F.Hollande pour des raisons tactiques entre les deux tours de la primaire socialiste de 2011, Montebourg n’est pas, non plus, étranger à cette ambiguïté plombante.

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