Ce matin cette question : Alain Juppé et Marine Le Pen se planqueraient-ils ?

La réponse est oui ! Marine le Pen évite les médias de masse, donne parfois, comme ce matin dans L’Opinion , des interviews lisses dans des journaux peu lus, et laisse l’actualité œuvrer pour elle. Elle laisse la gauche et la droite s’écharper, confrontées à un handicap majeur dont elle a la chance de ne pas être lestée: la réalité est le bilan de son action. N’ayant encore rien prouvé (puisqu’elle n’a jamais eu le pouvoir)…ses mots ne peuvent pas être confrontés à son action. Elle a donc la latitude confortable du propos péremptoire et paradoxal. Elle ne s’en est pas privée pendant des mois. Mais maintenant c’est fini. A mesure qu’approche l’élection phare et qu’il se confirme que Marine Le Pen a toutes les chances de figurer au second tour, ses propos formulés en miroir d’une actualité brûlante ne seraient plus simplement écoutés pour la critique du présent mais pour ce qu’ils projettent, comme action d'une hypothétique présidente. Et là, il y a un problème. Le contradictoire, l’incohérence, l’inapplicable risquent de se voir. Il lui faut donc travailler, en silence, à une reformulation de son message. C’est difficile, c’est beaucoup plus compliqué (comme l’est la réalité)…et donc ça tarde à venir. Le silence de Marine Le Pen était tactique, il devient simplement embarrassé.

Et quid du silence d’Alain Juppé ?

On l'entend, il fait des déplacements, mais peu d’émissions contradictoires. Un monologue très sécurisé est organisé pour de lui. Il travaille à son dernier livre programmatique qui devrait synthétiser et compléter les trois premiers déjà parus. Et c’est vrai qu’on ne peut pas avoir critiqué d'une part la surexposition médiatique d’un Nicolas Sarkozy qui, pendant dix ans, entrainait le débat public dans une essoreuse à polémique, et d'autre part la modération médiatique d’un Alain Juppé, qui aboutit finalement à ce qu’on ne sache pas ce qu’il pense de toute une série de sujets d’actualité. Pourtant, en sortant juste un bref instant de son silence pour faire ses propositions économiques le mois dernier, il en a trop dit, ou pas assez. Donc pas assez ! Alors que le débat autour de loi El Kohmri montre à quel point le mécanisme de la réforme concertée est grippé, l’homme qui nous propose une autre politique économique et sociale, plus radicale que tout ce qui s’est fait jusqu’ici (y compris par lui-même en son temps) ne nous dit pas l’essentiel, c'est-à-dire comment l’appliquer. Quelles sont ses propositions, institutionnelles, ou de gouvernance, pour éviter les blocages de 1995-1997 et d’aujourd’hui ? Nous n’avons pas la réponse parce qu’en ce moment le maire de Bordeaux parle peu, ou tout seul. Il capitalise tranquillement sur le fait qu’une bonne partie de l’opinion de gauche a déjà fait son deuil pour 2017 et qu’il fait figure de croque-mort des socialistes le plus digne sur le marché. Pour l’instant, si l’on en juge au travers des sondages pour la présidentielle, le silence de Le Pen et Juppé paie ! Ça n’aura qu’un temps, bien sûr… et c’est ce qui rend cette élection finalement très ouverte.

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