Lendemain de défaite au parti socialiste. Défaite amère ou défaite vengeresse ? Dimanche soir, certains dirigeants du PS étaient montés très vite au créneau pour tenter de prendre le leadership du parti. Mais hier, les choses se sont un peu calmées. Des larmes de crocodiles et des arrières pensées d'éléphants. Voilà quelle était l'ambiance hier soir au Bureau National du PS pour les retrouvailles de l'après défaite. Un BN auquel participait la candidate malheureuse - elle qui ne goûtait guère auparavant les instances de la direction du parti, hier, a du se dire qu'il valait mieux en être. Ségolène Royal a pu observer à quel point la défaite était orpheline, à quel point aussi sa place de leader du PS, très vite préemptée dimanche soir, lui était contestée. Tout le monde a en effet observé un peu coi, la course de vitesse dimanche. 20H victoire de Nicolas Sarkozy. 20H03, Ségolène Royal tout sourire repart au combat, "quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas". 20H10, Dominique Strauss-Kahn parle d'une très lourde défaite et se dit "disponible". Un bis repetita du coup de Rocard en 78 tentant de damer le pion à Mitterrand, "y a-t-il une fatalité à ce que la gauche soit minoritaire dans ce pays, je tiens à dire que non !" Quelques minutes plus tard, Laurent Fabius en appelait à son tour à une gauche décomplexée. Bref, ça canardait dans tous les sens, et on s'attendait hier à une réunion explosive, de remise en cause de la ligne, et de ceux qui l'ont incarnée, Royal et Hollande, mis dans le même bateau, eux qui ne le sont pourtant pas toujours. En réalité, chacun hier a préféré ranger les dagues dans les fourreaux. Pas le moment de faire un carnage, les militants et les électeurs ne le comprendraient pas, et puis, petit détail : il y a des législatives dans 1 mois. Or la présence plus ou moins grande de députés socialistes à l'assemblée nationale n'est pas anodine. L'assemblée, c'est le lieu d'expression de l'opposition dans notre système institutionnel. Et plus le PS aura d'élus, plus il aura d'argent public - ça compte. Pour éviter une nouvelle débâcle, les lames sont donc rentrées. Hier, chacun avait à la bouche le "rassemblement, l'unité, le collectif". La campagne d'ailleurs des législatives sera "collective" a promis François Hollande. Quelques questions essentielles pour le PS restent pourtant en suspens et ne seront sans doute pas tranchées avant le congrès à l'automne ou au printemps 2008. Quelle rénovation possible, sur quelle ligne, avec quelles valeurs, pour parler à qui, à gauche toute avec des partenaires affaiblis, au centre mais avec qui ? Quelles règles de leadership inventer pour que le ou la future candidate soit incontestée au sein du PS comme l'a été Nicolas Sarkozy à l'UMP, alors qu'aucun courant dans le parti ne représente plus de 30% des voix ? Quel rôle pour chacune des grandes figures ? Royal qui a perdu mais qui est la seule à être lestée du poids de 17 millions d'électeurs, DSK et Fabius qui se disent depuis dimanche que tout devient possible pour eux aussi ? Le PS, malgré les parenthèses enchantées de 97 ou 2004, est habitué aux lendemains de défaite. Jusqu'à présent, il n'avait fait que colmater les brêches pour aller vers d'autres défaites. Il y a forcément un moment, où la défaite lui servira à autre chose.

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