Deux hommes à l'honneur cette semaine dans l'actualité : Nicolas Sarkozy qui fêtait mardi sa première année à l'Elysée, et le général de Gaulle, l'homme du 8 mai 45 mais aussi l'homme de 58. De Gaulle en civil, de Gaulle en militaire à la Une de "L'Express" et du "Point", cette semaine. Et puis, Nicolas Sarkozy et Carla dans le bureau présidentiel à la Une de "Paris Match". Oui, 2 époques, 2 styles, des présidents en miroir... Miroir évidemment de l'histoire et du présent, mais ces Unes mettent peut-être aussi en lumière la nostalgie qui habite aujourd'hui les Français, d'un homme, d'un style et d'une certaine attitude présidentielle. Tiens, d'ailleurs, quel regard Nicolas Sarkozy porte-t-il sur le Général ? Hier, lors de la réception des parlementaires UMP à l'Elysée, on ne peut pas dire qu'il ait marqué un respect particulier à son égard. Il l'a même mis dans le même sac que tous ses prédécesseurs : "De Gaulle, Mitterrand, Chirac tous coupables de n'avoir pas mené à bien les réformes et même pas foutus de remporter haut la main leurs combats électoraux... De Gaulle a failli perdre les législatives de 67, a-t-il souligné publiquement". Bon, on se rassure comme on peut, avec les raccourcis historiques que l'on trouve, mais la saillie présidentielle ne résume pas Tout ce qu'il pense de de Gaulle. Nicolas Sarkozy, qui a consacré son DEA au référendum de 69, s'est d'abord affirmé gaulliste par anti-chiraquisme. Pendant la campagne présidentielle, on l'a même vu plusieurs fois s'emporter sur la question. "C'est à moi que Chirac veut faire croire qu'il est gaulliste ? tonnait-il devant quelques témoins. Lui qui a fait enlever la photo du Général des réunions du RPR et fait disparaître la croix de Lorraine du sigle du RPR parce qu'il trouvait ça ringard !" En fait, Nicolas Sarkozy ne se pose vraiment en héritier du Général, que depuis qu'il revendique à son tour le thème de la rupture. Deux hommes de rupture, voilà la filiation qu'il aimerait dessiner... Mais ce matin, ce qui saute aux yeux, c'est surtout deux façons d'ETRE président. "Le Point", par exemple, publie les bonnes feuilles du livre de Michel Tauriac, "Vivre avec de Gaulle" paru chez Plon, dans lequel il a réuni les témoignages des derniers fidèles du Général. Et ce qu'on y découvre, plus que l'action politique qui fait désormais partie de notre mémoire collective, c'est la personnalité et le style de Gaulle. Un de Gaulle, qui jamais ne parle de sa femme, elle n'est mentionnée que deux fois dans les 3 tomes de "Mémoires de guerre" ; un de Gaulle qui ne parle jamais de lui et interdit à quiconque de parler en son nom ; un homme, dit l'un d'eux, qui jamais ne "déchoit de son personnage". Cette maîtrise lui a permis d'écrire sa propre histoire, et de créer le mysticisme qui l'entoure. Et il faut finalement attendre plus de 30 ans après sa mort pour découvrir malgré tout un de Gaulle, séduit par les jolies femmes, Jackie Kennedy ou Brigitte Bardot, un de Gaulle ombrageux, un de Gaulle qui pleure le jour du référendum perdu, bref un de Gaulle humain, avec un coeur, des tripes, des manques, une psychologie qui nous avait été épargnée jusque là. Alors, est-ce vraiment utile de faire le parallèle ? Les 12 pages dans "Paris Match" ce matin, la photo de mariage avec Carla, les petits noms d'amour dont le couple s'affuble mutuellement. Bon, admettons que les époques aient changé, et surtout qu'il soit encore un peu tôt pour parler de l'histoire avec un grand H s'agissant de Nicolas Sarkozy, et de la trace qu'il y laissera. Le temps qui passe réécrit aussi la vérité de chacun. Mais de fait, cette intimité donnée en pâture, cette confusion aussi président/homme de parti, renforcent l'absence et sans doute le regret de la posture du monarque démocratique qu'avait su adopter et imprimer de Gaulle ; et, dans la nostalgie des Français à son égard, sans doute réductrice et oublieuse de bien d'autres aspects du règne de Gaulle, sans doute quelques éléments d'explication du désamour qui frappe aujourd'hui l'actuel président.

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