Aujourd'hui, 8 mai, on commémore la fin de la seconde guerre mondiale. Alors une question ce matin : y a-t-il trop de commémorations en France ? C'est la question que le gouvernement avait posée à l'historien André Kaspi. Lequel a rendu sa réponse sous forme de rapport en novembre dernier et la réponse est oui. Donc l'idée, là comme ailleurs, c'était de réformer et de réduire le nombre des commémorations, des vraies commémorations, celles qui ont le statut de « journée nationale ». De 12 on passerait à 3... et puis rien ne se fera, trop compliqué, trop conflictuel. Là encore, le rapport tenu lieu de réforme. Mais voyons quel était le raisonnement de Kaspi. Figurez-vous qu'entre 1880 et 2000 on a créé 6 journées nationales. En 1880, la république est enfin réinstallée, cette fois pour longtemps et depuis un peu moins de 10 ans, il lui faut des symboles. On décide que le 14 juillet sera la fête nationale. Non pas pour commémorer la prise de la Bastille de 1789 mais pour rejouer chaque année la mythique fête de la fédération de 1790 ! Grand messe fondatrice du rite républicain. En 110 ans, ont été créées 5 autres journées nationales, dont bien sur le 11 novembre et le 8 mai. Et puis, depuis 2000, c'est l'inflation. En 5 ans, de 2000 en 2005, surtout pendant les années Chirac 6 autres journées nationales ont été créées pour satisfaire des groupes de pressions insistants. Le 8 juin, c'est le jour de la guerre d'Indochine, le 18 juin (appel du Général de Gaulle), le 25 septembre, le jour des Harki, chaque dimanche le plus proche du 16 juillet c'est le souvenir de la rafle du Veld'hiv', le 10 mai on commémore l'abolition de l'esclavage. Tous ces jours ne sont pas fériés mais à chaque fois, les maires et les préfets sont mobilisés pour des cérémonies, les bâtiments publics sont pavoisés et finalement, plus personne n'y prête attention parce que comme pour l'impôt, « trop de commémorations tue la commémoration ». André Kaspi avait donc suggéré que l'on ne garde que 3 journées nationales. Bien sûr, le 14 juillet et puis le 8 mai pour tout ce qui a trait à la victoire de la démocratie sur le nazisme, et le 11 novembre où l'on honorerait tous les morts pour la France de toutes les guerres. L'idée de l'historien semblait tenir la route. Jean-Marie Bockel, le secrétaire d'Etat aux anciens combattants, et à ce titre, en charge des questions de mémoires, tenait là une bonne occasion de montrer qu'il pouvait servir à quelque chose ! Mais... ça ne se fera pas. D'abord parce que tous les groupes de pressions se sont activés, les responsables d'associations d'anciens de tous poils étaient furieux à l'idée de ne plus pouvoir sortir médailles, bérets et fanions que trois fois par an. Les élus de tout bord s'y sont mis. Ils ont dit que toutes ces cérémonies étaient autant d'occasions d'animer un peu leur village et que les plus anciens y tenaient beaucoup. Enfin, à l'Elysée, on n'a pas insisté mon plus parce que 12 commémorations c'est autant de sorties officielles possibles pour le Président, autant d'occasions d'apparaître dans les habits de l'autorité suprême. C'est important pour l'imagerie présidentielle et la postérité. Et puis, comme chantait Boris Vian « on est venu pour voir le défilé »! Finalement, les Français adorent ça, alors pourquoi s'en priver ?!

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