Les conséquences idéologiques et stratégiques de la défaite de Nicolas Sarkozy…

Comme après chaque revers électoral, le parti défait s’interroge sur les raisons de son insuccès. L’UMP va donc se plonger dans les affres du doute. Comme il y a les législatives dans un mois, chacun retiendra ses arguments et masquera ses ambitions pendant quelques semaines. Il faut bien sauver l’essentiel et donc remettre à plus tard le grand déballage… seulement voilà, la question se pose dès maintenant : sur quel discours, sur quel positionnement politique l’UMP doit-il partir à la bataille des législatives ? Le patron de l’UMP, c’est Jean-François Copé, adepte d’une ligne dure. Il estimait, pendant la présidentielle, que le conseiller Patrick Buisson, celui qui a inspiré la stratégie droitière de Nicolas Sarkozy, avait raison. François Fillon pense lui, qu’il faut plutôt partir en campagne sur les questions économiques et budgétaires. En réalité un doute insondable habite le parti de Nicolas Sarkozy. Ce doute, paradoxalement est renforcé par le relatif bon score du président sortant, dimanche dernier. Une défaite loin d’être humiliante ne permet pas de décréter que la stratégie, dite « buissonienne » est à jeter aux orties. Sans cette stratégie, peut-être que le président n’aurait même pas atteint le premier tour disent les tenants du conseiller occulte. « Cette stratégie n’a fait que renforcer le Front National et nous a fait perdre l’élection » rétorquent en substance, les modérés comme Jean-Pierre Raffarin.

Et quelle est la réalité ? Est-ce que la stratégie droitière a limité la casse ou pas ?

On ne peut pas répondre avec certitude à cette question qui ne se réduit pas à un calcul purement stratégique. Il s’agit d’une question politique, idéologique. On parle de valeurs et de vision du monde. Le débat qui s’annonce au sein de la droite française est aussi important que celui que la gauche démocratique a eu à trancher sur la question de l’acceptation du modèle capitaliste. Les droites françaises ont longtemps cru pouvoir s’abstenir de tous les grands débats idéologiques. Plus ou moins libérale, plus ou moins colbertiste, plus ou moins gaulliste, plus ou moins conservatrice, la droite parlementaire gérait notre capitalisme tempéré si particulier, tentait, disait-elle, d’adapter le modèle social français à la mondialisation. Le système de la Vème République, qui personnalise tout, lui offrait les batailles d’hommes en guise de débat. Mais la dédiabolisation du FN, l’évolution de la structure de son électorat oblige la droite classique à tout repenser : sa vision de l’Europe, la définition de la souveraineté, du rôle de l’état, de sa conception de la laïcité, de la République… les cinq années de présidence de Nicolas Sarkozy ont été trop strictement sarkoziennes, basées sur son énergie, sur un fatras idéologique fait d’à-coups médiatiques et contre-pieds politiques destinés à occuper l’espace du débat public plus qu’à le nourrir. Douze ans de chiraquisme trop tranquilles et cinq ans de sarkozysme survoltés ont fait prendre du retard sur la redéfinition de ce que devait être la droite française dans un monde globalisé. Pour que ce travail soit fait dans les prochaines années (l’opposition c’est aussi fait pour ça), il faudrait d’abord que l’UMP se départisse de son reste de culture bonapartiste et se dote d’une structure dans laquelle puisse s’organiser de vrais débats utiles à la société, bien au-delà des limites partisanes de la droite.

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