Quand François Fillon revisite les années Sarkozy

Il en va ainsi des couples qui se séparent. Passé un certain temps, ils commencent à raconter ce qui clochait, ce qu'ils ont vécu ou enduré. Dans le cas de François Fillon, il aura fallu un an, avant qu'il ne livre le fond de sa pensée dans un documentaire qui sera diffusé ce soir sur France 3. Bien sûr cela reste du Fillon, il faut parfois lire entre les lignes, mais ce que dessine l'ancien Premier ministre va déjà au delà du simple droit d'inventaire des années Sarkozy... Quand il l'accuse d'avoir plombé le quinquennat, en sous-estimant la crise, et en multipliant les cadeaux fiscaux à son arrivée à l'Elysée. Ou quand il évoque je le cite "une différence d'approche irréconciliable sur la question du FN et du virage buissonnier" de la dernière campagne. Une autre expression reste en travers de la gorge des sarkozystes. Quand il loue son énergie en le comparant à un lapin Duracell. Une comparaison qu'avait déjà utilisé en son temps un certain Philippe de Villiers, déjà au sujet de Nicolas Sarkozy...

Alors bien sûr personne n'est dupe. Ce que dessine François Fillon, derrière ces critiques, c'est aussi son propre portrait en ombre chinoise. A la tempête Sarkozy, il oppose son flegme. Aux promesses son ex-mentor, sa clairvoyance économique. Et aux clins d'œil au FN, une ligne résolument républicaine.

Petit a petit, L'ancien Premier ministre poursuit son travail d'émancipation. Il l'avait déja fait dans une interview au monde, en affirmant que Nicolas Sarkozy et lui était désormais au même niveau pour la prochaine présidentielle. Il va un peu plus loin, cette fois, en jugeant difficile le retour d'un ancien président battu. C'est la communication des petits cailloux. Lui c'est lui et moi c'est moi, comme l'avait dit Laurent Fabius au sujet de François Mitterrand. Et on perçoit derrière tout cela une petite forme de revanche de la part de celui que Nicolas Sarkozy avait affublé du titre de collaborateur.

Et pourtant, François Fillon aura tenu 5 ans à Matignon

Et ce n'est pas le moindre des paradoxes. Si vraiment les positions étaient irréconciliables sur un sujet aussi fondamental que le Front National, pourquoi ne l'a t-il pas dit plus tôt ? Etait-ce uniquement pour faire gagner son camp, quitte a s'asseoir sur ses convictions ? Si leur divergence économique était si forte, pourquoi ne pas avoir claqué la porte ? Là encore, c'est la faute à Sarko, si on l'écoute. François Fillon raconte qu'après avoir déclaré qu'il était à la tête d'un état en faillite, il a eu le droit à une soufflante en règle de la part de Nicolas Sarkozy, qu'il lui a présenté 3 fois sa démission, mais en vain... On connaissait le médecin malgré lui de Molière, voici le Premier ministre malgré lui ?

Plus sérieusement, François Fillon prend un double risque en s'affirmant aujourd'hui comme un recours face au retour possible de Nicolas Sarkozy. D'abord parce qu'il participe du même coup à la petite musique savamment entretenue par les amis de l'ancien président. A force de se comparer à lui, toujours et encore, il le remet au centre du jeu, en fait le référent perpétuel, l'absent le plus présent de la classe politique. A vouloir tuer le père, symboliquement bien sûr, il donne l'impression d'être son éternel second, celui qui voulait devenir calife a la place du calife

Et puis Francois Fillon semble oublier les leçons du scrutin pour la présidence de l'UMP. Le socle du parti est aujourd'hui encore foncièrement sarkosyste et il n'est pas sûr que les militants lui pardonneront ses critiques contre leur ancien champion. Non, le vrai pari de François Fillon aujourd'hui, c'est que la primaire de 2016, qui devrait être ouverte a tous, et pas seulement au militant de l'UMP, et bien que cette primaire se gagnera au centre droit... D'où sa volonté de corneriser Nicolas Sarkozy, de le bloquer sur son flanc droit. Fillon, Sarko, la guerre est déclarée…

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.