Vous y venez aussi ! Un édito sur la dissension entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe

Je m’étais pourtant promis de ne pas traiter ce sujet parce qu’en fait, personne ne connait la réalité intime de leur relation (beaucoup font croire qu’ils savent)…  Surtout, je n’arrive pas à déceler l’intérêt politique de la question ni la différence de lignes politiques entre les deux hommes. Qu’est-ce qui, dans les réussites ou ratages de ce qui est fait, est du à l’état de leur relation ? L’étude de la mécanique et de la chimie de leur rapport personnel relève, en fait, de la psychologie de cuisine. L’essentiel des arbitrages est pris chaque lundi au déjeuner qui réunit les 4 hommes qui, en réalité, gouvernent la France : Emmanuel Macron et son secrétaire général, Alexis Kohler, Edouard Philippe et son directeur de cabinet, Benoit Ribadeau-Dumas… aux profils et réflexes assez semblables… (et c’est peut-être plus cette homogénéité sociologique que leur éventuelle dissension le problème)… Que se passe-t-il pendant ce déjeuner ? L’ambiance est-elle bonne ou s’envoient-ils des assiettes à la figure ?  Les autres collaborateurs ont peu d’échos de ces moments très secrets, toujours est-il qu’une politique en ressort. On peut la trouver cohérente ou incohérente mais il ne semble pas que l’état de leur relation interfère. Le président tranche et le Premier ministre ne semble pas entravé. Prenons l’affaire des plages : Edouard Philippe était plutôt pour maintenir un interdit strict… Emmanuel Macron, sensible aux arguments des élus bretons, voulait un assouplissement. Assouplissement il y a eu…  Est-ce un schisme ? Un désaveu ? Non, un arbitrage, la routine.  Ce couple exécutif singulier réunit deux modérés inconnus quelques mois avant l’élection … et qui ne se connaissaient pas eux-mêmes ! Le choix d’Edouard Philippe résulte d’une stratégie de complémentarité idéologique minime. Le président venait du centre-gauche. C’est la première fois, hors cohabitation, qu’un président choisit un homme qui n’a même pas voté pour lui ! Et pourtant il est impossible de déceler un vrai problème politique entre eux.

Mais ça pourrait venir !

Ça vient ! Il ne s’agira pas de déloyauté, simplement de politique. Emmanuel Macron dit que rien ne sera plus pareil après la crise ! A l’écouter, on s’oriente vers une fin de mandat écolo-keynesienne ! Ce n’est pas du tout le pédigrée de départ des deux hommes. Emmanuel Macron va avoir du mal à convaincre d’un vrai changement de cap. Le changement de Premier ministre serait l’étape la plus facile (sous réserve de trouver le bon futur chef d’une majorité pour une autre politique !). L’avenir d’Edouard Philippe à Matignon est donc plus hypothétique que 15 jours de vacances à Bergame cet été. Mais surtout, plus important : Quelle sera la légitimité du président à mener une politique (bien qu’imposée par les évènements) radicalement différente du projet sur lequel il s’est fait élire ? Il devra trouver un moyen démocratique (une forme de retour au peuple) pour légitimer un tel virage. Voilà qui est beaucoup plus déterminant (et intéressant) que de savoir si Philippe et Macron prennent leurs décisions en bons copains.

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