**Le procès Chirac sera donc peut être reporté, on saura ça à 13H 30!Oui, jusqu’au bout l’homme qui répète qu’il est prêt à répondre devant la justice aura tout fait pour retarder ce moment. Trop président, puis trop vieux (son avocat George Kiejman est plus vieux que lui), trop malade, trop sympa…et maintenant la QPC ! Et ça ne fait pas scandale. Un certain halo de magnanimité règne autour de Jacques Chirac. L’homme n’a certes pas révolutionné la politique française mais il nous a quand même évité une guerre en Irak, Les électeurs de droite le voient comme un vieil ami, les électeurs de gauche comme un vieil ennemi qui aurait plutôt bien tourné, social et écologiste. Ils ont même été obligés de voter pour lui en 2002 ! Un acte accompli du bout des doigts mais qui a scellé entre eux et lui une sorte de pacte républicain. Et puis Jacques Chirac est depuis plus de quarante ans dans nos vies, sur nos écrans de télé…On a tous un beau-frère ou un collègue de travail imitateur qui croit encore faire rire avec ses « écoutezzzz ». Jacques Chirac nous est familier. Sa femme, Bernadette, dite « Bernie » devient même une icône branchée, un rien acariâtre mais au caractère de battante, son étrange coiffure à l’hélium et ses lunettes de hibou en font un être un peu effrayant mais attachant. En plus ses bonnes œuvres d'épouse de notable, les pièces jaunes, sont vraiment des œuvres utiles, enfin madame Chirac n’a plus besoin de l’argent du contribuable pour être généreuse… Le procès finira quand même bien par avoir lieu !Oui, heureusement que les gens "sympas" ne sont pas au dessus des lois! Ce procès est utile aussi parce que c’est le procès d’une époque pas si ancienne où l’on faisait quand même n’importe quoi avec les deniers publics. A cette époque de bourses déliées, Jacques Chirac était un arrosoir municipal. Il distribuait les faux emplois, souvent pour rendre service à un corrézien en détresse ou à la femme d’un élu en dépression. C’était gentil mais ce n’était pas avec son argent. Ce n’était pas toujours que gentil d’ailleurs, c’était aussi utile pour sa carrière et son objectif : l’Elysée. Des chargés de missions bidon, leurs assistants, les assistants des assistants, tous appointés par la Mairie de Paris…en tout des dizaines et des dizaines d’amis corréziens, RPR, CNI, FO mais aussi des sportifs, des artistes se voyaient octroyer logements réels et emplois fictifs. On oublie mais songez qu'on pouvait être, à cette époque, en même temps : Maire de Paris (donc président du Conseil de Paris, Paris est aussi un département), Président du Conseil général de Corrèze et député de Corrèze… tout ça à la fois…plus patron d’un grand parti politique et candidat aux élections européennes et à la présidentielle. Jacques Chirac était un gargantua de la politique, un bouffeur de mandat, un gavé de pouvoir. De ses grands bras et avec son large sourire, il occupait tous les espaces, tous les postes, profitait et distribuait ce qui débordait. Il reste quelques petits résidus de cette époque. Quand Michèle Alliot-Marie, chiraquienne de souche ne semble toujours pas comprendre ce qui lui est reprochée, quand, Alain Juppé, pourtant sacré homme d’Etat de l’année, ne voit pas pourquoi certains lui demandent de ne plus être Maire de Bordeaux, tout simplement parce que, dans les faits, le Ministre des affaires étrangères ne peut physiquement pas être Maire de Bordeaux… Le procès de Jacques Chirac ne porte pas sur le cumul des mandats mais c’est aussi le procès d’une certaine forme de voracité politique qui n’a pas tout à fait disparue et qui n’est sans doute pas pour rien dans le score des extrêmes aujourd’hui…**

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