Suite de la crise entre politiques et juges, après la condamnation de Nicolas Sarkozy… avec l’intervention dans le débat de François Hollande.

Nicolas Sarkozy et la culture du coup de pouce. Ici en septembre 2019.
Nicolas Sarkozy et la culture du coup de pouce. Ici en septembre 2019. © Getty / Stephane Cardinale - Corbis

Oui, la semaine dernière nous avons assisté à une hallucinante charge politique contre les juges. Hallucinante par sa diversité partisane. A droite les sarkozystes et la direction de LR épaulés par le RN mais aussi par Jean-Luc. Mélenchon qui, par un tweet plein de sous-entendus, mêlant volontairement conséquences et corrélations, remarque ‘qu’avec la condamnation de Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron est débarrassé d’un sérieux rival’

Emmanuel Macron justement… il n’a pas demandé (pourtant gardien des institutions) à ses ministres régaliens de défendre l’institution judiciaire. A l’inverse, le ministre de l’Intérieur a adressé un message appuyé au condamné provisoire. Le garde des sceaux n’a, quant à lui, n’a rien gardé du tout. 

Il s’est défaussé en arguant qu’il ne commenterait pas une décision de justice (ce que personne ne lui demandait). Ce faisant, il gardait sa casquette d’avocat. Parce que la corporation des avocats (qui a ses raisons) est en guerre contre celle des juges (qui a les siennes).

Bref seul, ou à peu près (avec une partie du PS et les écologistes), François Hollande s’est dressé contre la bronca anti-juges de la part de politiques et de beaucoup de commentateurs. Un terme, utilisé par Nicolas Sarkozy -sur lequel il faut revenir- révèle le gouffre d’incompréhension entre les Français et une bonne partie des politiques… comme le confirme un sondage du JDD, hier, qui montre que les Français trouvent la justice plutôt clémente envers les élus en général et Nicolas Sarkozy en particulier… Ce terme c’est ‘coup de pouce’.   

‘Coup de pouce’ ?  

Oui, trois mots utilisés par Nicolas Sarkozy pendant l’audience. Terme qui dit tout de la page décidément si difficile à tourner pour que la politique redevienne digne de confiance. Je cite l’ancien président qui évoque donc le ‘coup de pouce’ professionnel que son avocat lui demandait pour la mutation du magistrat Gilbert Azibert à Monaco : 

J’aurais parfaitement pu faire la démarche, je ne vais pas vous mentir. J’aurais pu envisager de rendre service à Thierry Herzog ! J’ai passé ma vie à donner des coups de pouce…

Et voilà le cœur du problème… Nicolas Sarkozy, comme presque toute une génération et toute une catégorie de politiques, trouve normal de passer sa vie à donner des coups de pouce à des amis. L’ancien président nous décrit un monde que l’on connait, fait d’entraide réciproque, de retours d’assesseurs, de connivences et petits arrangements, d’amitiés intéressées… qu’une majorité de Français aspire maintenant à voir disparaître, après, il est vrai, s’en être longtemps contenté. 

C’est assez savoureux de constater que tout ce qui compte de personnalités et mouvements politiques qui, d’ordinaire, surfent sur l’idée dégagiste du vieux monde, chacun à leur façon : RN, Insoumis et macronistes font système (pour le coup), au secours d’un ancien président qui justifie, justement, cet aspect constitutif de la politique d’avant, du temps où les juges étaient sous domination des gouvernants : le clientélisme, c’est-à-dire une forme de corruption.  

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