Vais-je faire un édito sur le remaniement? Et là, la plupart de nos auditeurs vont pester. Ils pestent déjà, je les entends devant leur poste. Encore le remaniement ? Mais on s’en fiche disent-ils... C’est pour occuper la galerie et pendant ce temps-là, on ne parle pas du chômage, des retraites, de la crise, des super-profits et des salaires qui stagnent… ce discours un peu automatiques, qui consistent à dire que les médias ne parlent pas des vrais problèmes trop complexes et politiquement dommageables et qu’à la place ils préfèrent divertir le citoyen avec des rivalités de personnes, un théâtre d’ombre… ce discours n’est pas développé que par des néo-bourdieusiens ou des conspirationistes paranos… c’est un sentiment quasi général et Michel Rocard exprimait d’ailleurs la même chose vendredi dernier à ce micro. On traiterait (nous les médias en général), en matière politique, de l’écume des choses. Cette vision reflète certainement une réalité mais elle est aussi souvent, de mon point de vue, exagérée. L’exemple du débat médiatique sur les retraites est tout à fait significatif. La plupart des hebdos et des quotidiens, toutes les radios (et évidement beaucoup la notre), les télés ont consacrés des pages et des heures à l’explication, au débat contradictoire, à l’illustration concrète, à la controverse, avec des spécialistes, des syndicalistes et des politiques engagés, à parler de la pénibilité, des cotisations, des décotes, du financement. Ce n’était certes pas ce qu’il y avait de plus rigolo mais c’était très suivi parce que chacun se sentait concerné. Et le remaniement dans tout ça?Et bien tout ça pour souligner que cette séquence interminable et invraisemblable du remaniement commence vraiment, là pour le coup, à devenir pesante et suspecte. La façon dont le président, qui s’est à l’évidence trompé en annonçant le remaniement longtemps à l’avance, a finalement décidé de tenter de retourner la situation en semblant mettre en scène une course de premiers ministrables, la façon dont nous, (toujours les médias en général) nous nous comportons en embrayant, en commentant l’ahurissante compétition, procède effectivement du divertissement au sens premier, c’est-à-dire « faire diversion ». D’un cafouillage retentissant, le Président veut faire un avantage qui le placerait, lui au centre, dans le rôle flatteur du grand ordonnateur, distillant des compliments et encouragements aux prétendants à Matignon, façon de montrer qu’il a le choix entre plusieurs solutions intéressantes alors que c’est le grand désarroi, la panique dans la majorité. L’idée c’est aussi de nous faire croire que la palette du choix qui s’offre au président correspond à plusieurs politiques, plus ou moins sociales... La réalité c’est que le président s’est mis tout seul dans une position qui consiste à avoir le choix, effectivement mais seulement entre de mauvaises solutions. Nicolas Sarkozy semble profiter avec ravissement de ce pouvoir personnel qui consiste à maintenir, faire durer, attiser le suspens ; ça lui donne des airs de chef florentin, à la Mitterrand qui maitriserait de son autorité et de son habileté le destin de chacun et du pays. Mais ça ne passe pas. Ça n’intéresse personne et pire ça exaspère tout le monde, y compris dans la majorité. Et moi, avec tout ça, hé bien je suis tombé (d’un pied au moins) dans le piège puisqu’après tout, je viens de vous faire un édito sur le remaniement. Dénoncer un faux débat, est-ce y participer ? Tiens, je lance le débat. J’attends vos mails...

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