Le plan de rigueur présenté hier par le Premier ministre fixe aussi les bases sur lesquelles se déroulera la campagne présidentielle.

Oui et d’ailleurs François Fillon, hier, parlait aussi en chef de la majorité. Au milieu des annonces assez techniques, il y avait beaucoup de politique. Par exemple lorsqu’il explique que son plan n’a rien à voir avec le virage de la rigueur en 1983. Cette fois-ci, se défend François Fillon, ce n’est pas un revirement mais une accélération des reformes déjà mises en œuvre. Ce qui n’est pas faux… Partiellement seulement, avec la réforme des retraites qui est avancée. Mais ce plan de rigueur comporte aussi sa bonne part de revirement et de renoncement puisque qu’après l’annonce de la suppression du bouclier fiscal, et le coup de rabot sur les niches fiscales, voilà la hausse de la TVA et la hausse de l’impôt sur le revenu. Il s’agit bien d’un retournement de doctrine. La baisse des impôts était, dans la philosophie sarkozienne, le principal moteur du retour de la croissance. Un moteur qui ne marche donc pas en temps de crise. Le dernier morceau du sarkozysme, la défiscalisation des heures supplémentaire est préservé… Pour le symbole. Un symbole à 4 milliard par an. Il ne faudrait pas non plus que l’on puisse dire que c’est François Fillon le candidat pour 2012. François Fillon qui reparle tout de même de « faillite possible ». Le mot continue de faire bondir à l’Elysée. On a vu la réaction d’Henri Guaino hier soir sur Canal Plus. Mais cette rigueur constitue un revirement moins problématique que celui de 83, puisqu’aujourd’hui toute l’Europe (sauf l’Allemagne) est soumise à une cure d’austérité drastique. De quoi diluer les reniements de l’exécutif français. De plus, ce plan fixe un cap clair pour 2012. Nicolas Sarkozy sera donc le candidat d’une rigueur assumée marquée du sceau « du courage et du sacrifice », de ce qu’il est convenu d’appeler ces temps si, « l’esprit churchillien ».

Ce qui est quand même une posture électoralement risquée.

Oui mais risquer de perdre le triple A serait, pour le coup politiquement suicidaire et promettre une vaste réforme fiscale serait, un reniement encore plus explicite autant qu’une validation des thèses de l’adversaire. Seulement voilà, il se trouve qu’en face, il y a un autre Churchill qui se profile. Et il se trouve aussi que le libéralisme effréné, le règne de la finance des années 90/2000 est mis en accusation par l’opinion. La soif de justice, et d’égalité, toujours très aiguë dans notre pays à la culture revendicative, peut rendre la posture « rigoureuse, responsable, courageuse » de la majorité sans effets si le sentiment que les efforts ne sont pas d’abord consentis par les plus riches. Donc sur le papier, l’état du terrain est plus favorable à la gauche. Sauf que ! Sauf qu’à gauche, les divisions idéologiques sur la question de la dette restent très importantes. En deux jours, sur cette antenne nous avons pu en avoir une illustration parfaite. Dimanche avec Jean-Luc Mélenchon et hier matin avec Michel Rocard. On retrouve ce fossé, ces différences d’analyse de la crise et des solutions qu’il faudrait y apporter au sein même du PS. Les primaires ne les ont pas tout à fait effacées. Le germe de la défaite de la gauche est là. C’est donc, principalement de l’autorité de François Hollande et de sa capacité à ne pas tenter trop de synthèses élastiques, que dépend, en grande partie, l’issue du match entre « la rigueur courageuse de droite et la rigueur juste de gauche ».

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