La loi sur la prostitution doit être examinée à la fin du mois… Et, pour certains aspects, le texte va s’inspirer de l’exemple italien ?

Oui, les politiques français, plutôt fascinés par le modèle allemand, ne vont pas spontanément chercher de ce coté-ci des Alpes des exemples à suivre en matière de réformes. Eh bien, puisque nous sommes à Rome, c’est l’occasion de souligner que sur ce sujet, l’Italie (en dépit des frasques de Berlusconi) a établie une législation qui fait ses preuves… Une mission du Sénat français est d’ailleurs venue ici pour s’en rendre compte. La prostitution a radicalement changée en Europe depuis le début des années 2000 : 90% des prostituées sont maintenant des étrangères passées par des réseaux de trafic humain et l’Italie était devenue une plaque tournante de la prostitution. Les italiens, appliquent désormais la doctrine qu’ils avaient mis au point pour les repentis de la mafia. Ils octroient immédiatement des papiers, un hébergement et une protection aux prostituées qui expriment le souhait de s’en sortir, avant même qu’elles aient dénoncé leur proxénète et pour les y inciter. En France, pour qu’une prostituée puisse espérer avoir un titre de séjour et les moyens de changer de vie, il faut que le proxénète soit déjà arrêté et jugé. Autant dire qu’il est quasiment impossible pour une prostituée de renverser son destin. La prostituée en Italie est donc vue d’abord comme une victime de trafique humain et non pas comme une délinquante. Le dispositif italien va être traduit dans la proposition de loi française.

Mais en France ce qui fait polémique, c'est l’idée de pénaliser le client…

Oui, avec la pétition, dites des 343 salauds, initiée par le magazine Causeur qui s’insurge contre cette idée. Le texte, pourtant ne propose que des contraventions et non pas de créer un délit, donc pas de condamnation mais juste une responsabilisation. Cette initiative a été l’objet de beaucoup de commentaires depuis deux semaines… Si les 343 signataires de 1971 (pour défendre l’avortement) prenaient un vrai risque en s’affirmant hors la loi, les 343 salauds de Causeurs n’ont pris, eux, que le risque d’être totalement ridicule. Quand à la deuxième référence « touche pas à ma pute », (titre de la pétition)… rien qu’à prononcer cette formule on comprend –affligé- que ni l’objectif de provocation, ni celui de l’humour ne sont atteints. L’idée c’était de s’attaquer à ce qu’Eric Zemmour, (qui visiblement se sent émasculer par le texte de loi en préparation), appelle « les saintes reliques de la geste antiraciste et féministe ». C’est étrange comme les nouveaux réactionnaires manquent à ce point d’imagination, comme ils n’inventent rien ! Ils leurs faut reprendre les codes de l’autre camp. La manif pour tous singeait la gay pride à tel point que son égérie Frigide Barjot avait des allures de travelo pathétique. Et maintenant les 343 salauds détournent les formules féministes et antiracistes. Ces pseudo provocateurs ne bousculent aucun ordre établi… ils se font, au contraire, les promoteurs du retour de vieux ordres qui sombrent. Fréderic Beigbeider, l’un des signataires, (non réac celui là, mais disons libéral libertaire) estime que le vote de cette loi, qui vise l’unanimité au parlement, est une mauvaise nouvelle pour la démocratie. Il se trompe. Ce n’est pas une unanimité pudibonde, un consensus de ligue de vertu, ou le triomphe d’on ne sait quel dictature du politiquement correct… Mais bien une unanimité à placer dans la lignée de Schœlcher, de l’abolition de l’esclavage et de la lutte contre l’asservissement humain.

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