Ce matin vous dites du bien de l’Assemblée Nationale !

Oui, parce que les parlementaires, à l’initiative de la présidente de la commission des lois Yaël Braun-Pivet (LREM), ont véritablement joué leur rôle de contrôle de l’exécutif en procédant à des visites surprises de prisons. Les députés ne sont pas que des législateurs, leur rôle est aussi de contrôler le gouvernement. Au fil des réformes institutionnelles, les parlementaires ont vu leur pouvoir –trop faible- s’élargir. Seulement leurs habitudes, pour certains paresseuses, pusillanimes ou godillotes, en matière de contrôle semblaient bien ancrées. Mais nous avons là un contre-exemple bienvenu. En effet, les parlementaires ont le droit, depuis 2000, de visiter les prisons par surprise. Ce droit, peu utilisé, l’a été lundi, de façon massive, par 40 députés de tous les groupes politiques, parfois accompagnés de journalistes. Il s’agissait de se rendre compte, de visu, sans préparation possible de la part de ceux qui auraient voulu la cacher, de la misère carcérale. La promiscuité, le délabrement des locaux, la gale, la violence, la toxicomanie sont le quotidien des prisons françaises. Aller dans les coins sombres de l’administration, là où les citoyens (journalistes compris) ne sont pas admis, voilà aussi le rôle que les parlementaires doivent assumer…

D’autant qu’il s’agit d’un sujet sur lequel la France est loin d’être exemplaire...

Oui ! La France est plusieurs fois condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, dénoncée par les divers observatoires des prisons. Ce n’est pas agréable pour le gouvernement (mais utile), au moment où il est question d’économie, au moment où l’on prévoit de construire 15.000 places, dont on sait d’avance qu’elles n’épongeront pas la surpopulation carcérale, de se voir rappeler les manquements et dysfonctionnements d’une de ses administrations. Il faut aussi un certain courage politique, quand on est dans la majorité, pour aller inspecter ainsi les établissements pénitentiaires, et dire ensuite, vu la situation, qu’il faudra certainement mettre plus de moyens pour sortir de l’inhumaine condition faite aux détenus et aux surveillants. Au-delà de l’information nécessaire, une opération de la sorte, sur un sujet pas populaire, peut permettre de faire avancer les choses. En effet, un groupe de 40 parlementaires comme celui de lundi peut mieux contrer (parce qu’il est composé de députés de tous bords) les démagogues qui voudraient que l’on ne s’intéresse pas à ce qui se passe dans nos prisons. Cette visite, et les autres qui suivront, devraient aboutir à des recommandations de réformes. Par exemple : la nécessaire prise en compte spécifique des 30% de détenus qui ont des problèmes psychiatriques. Une des réalités qui a sauté aux yeux des visiteurs. Les députés de la majorité et des oppositions (c’est plus facile pour ces derniers) jouent à plein leur rôle de parlementaire. Et, enfin, cette recommandation…que nous leur soufflons pour parfaire leur œuvre de transparence : que la presse puisse être parfois autorisée à réaliser des reportages en prison. Les journalistes n’ont quasiment jamais le droit de pénétrer dans les établissements pénitentiaires. C’est l’une des spécificités archaïques de l’opacité du système carcéral français.

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