Le président décide l’abandon du projet EuropaCity

Une décision qui rapproche les mots et les actes présidentiels. Après l’abandon du projet minier de la Montagne d’or en Guyane et de NDDL, le renoncement d’EuropaCity crédibilise un peu le discours écologique (qui en a bien besoin) du président. D’autant que les mots distillés à l’Elysée, et par la ministre de l’Ecologie qui accompagne cette décision, parlent de projet dépassé, anachronique. Prévu sur 430.000 m2 pour 3 milliards d'euros, consommant 83 hectares de terres cultivables, ce projet à l'ampleur inédite en France depuis EuroDisney, gigantesque complexe de commerces et de loisirs, immense temple dédié à la consommation de masse, prévoyait de créer 10.000 emplois. Le projet était soutenu par les élus locaux, toujours à l’affut –c’est compréhensible- de gisement de jobs mais rejeté par nombre d’associations écologistes ou de commerçants de centre-ville. Il était défendu par une hallucinante campagne de communication sur les territoires avoisinants vantant une action en faveur de quartiers défavorisés que l’Etat aurait abandonnés ! Le social-washing le disputait au green-washing, avec maquettes et croquis tout en verdure et lumières comme il se doit... Son abandon avec comme argument l’obsolescence du modèle est une décision politique courageuse, marquée du sceau de la cohérence.

Mais ... il y a un mais

Alors c’est terrible, parce qu’avec l’urgence écologique, la dévastation de la biodiversité après des décennies de bétonisation et d’asphaltisation, aucune politique pro environnement n’est jamais jugée assez prompte. Quand même, là, disons que le ‘mais’ qui suit n’est pas à mettre au débit du seul gouvernement. Soit, un projet vorace, caractéristique d’un modèle de développement et de bonheur devenu illusoire et insoutenable, a été abandonné. Mais les terrains ainsi dégagés ne seront pas forcément désartificialisés. Ils ne seront pas ‘re-naturés’ pour reprendre le terme barbare utilisé par les urbanistes. La France continue d’artificialiser ses sols à vitesse grand V (l’équivalent d’un département tous les 8 ans)... Or, l’un des objectifs du gouvernement, c’est le Z.A.N... le Zéro Artificialisation Nette. C’est à dire qu’à chaque fois qu’une collectivité délivre un permis de construire pour un projet immobilier, d’équipement, d’infrastructures, en principe, elle doit prévoir un retour à la nature, une re-perméabilisation des sols d’autant de mètres carrés. Mais, très peu d’élus locaux arrivent à imaginer le développement de leur ville sans un étalement urbain. Ils ne sont que le reflet d’un trait culturel bien français. Le rêve reste la maison individuelle, à l’écart, clôturée, avec les équipements et le réseau routier, ce paysage péri-urbain fait de rond-points pour irriguer des zones spécialisées... La solution est pourtant connue. Elle passe par des politiques d’aménagement du territoire de reconquête de centre-ville, de densification urbaine intelligente... et du retour à l’agriculture de terres proches des villes. Le reproche fait au gouvernement doit être partagé avec les élus locaux et avec nous-mêmes, nos habitudes et nos rêves d’étalement dans le pays doté de la plus grande superficie d’Europe.

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