Samedi soir, les Français l'ont emporté contre les All Blacks. Et si cette victoire sportive effaçait tout ? Mieux qu'Houdini, que David Copperfield et Garcimore réunis. 20/18, et tout à coup oui, tout s'efface. Une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie "faillite", "rigueur", "guerre" et même "détail". La France depuis samedi soir, c'est fierté, rassemblement, jeu gagnant. Une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie donc François Fillon et ses gaffes à répétition, ses coups de menton pour exister et ses coups de blues quand il n'y parvient pas. Ses saillies faciles contre les médias, samedi devant le conseil national de l'UMP. Le premier ministre s'en est pris au "microcosme qui décrirait selon lui, des tensions au sommet de l'Etat et dans la majorité qui n'existent pas". Quand ce sont les protagonistes, acteurs ou témoins de ces tensions qui en rendent compte au microcosme - c'est à dire à nous, les journalistes - saillies faciles, récurrentes, dès qu'un premier ministre se trouve fragilisé, ne cherchez pas, c'est toujours à cause du microcosme. Mais voilà, une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie tout, jusqu'aux agaçements et énervements de Nicolas Sarkozy, contre son premier ministre, ses ministres et sa majorité, jugés pas à la hauteur pour les premiers, trop frondeuse et rétive pour la dernière. On oublie ce président solitaire, président de tout et de tous décidément, qui a même décidé de reprendre fissa sa casquette de président de l'UMP en convoquant désormais les petits déjeuners de la majorité à l'Elysée, et plus à Matignon, comme le veut la tradition. De qui, de quoi, Nicolas Sarkozy n'est-il pas le président aujourd'hui ? Une victoire des Bleus à Cardiff et on oublie évidemment les réserves émises autour de la personnalité du ministre anti-daté, Bernard Laporte. Homme sandwich pour le jambon Madrange, Bic, Nike, Orange ou les maisons Phénix, homme d'affaire soupçonné hier par certains d'avoir porté au plus haut et au plus loin les liaisons dangeureuses rugby/argent, l'entraîneur de l'équipe de France est aujourd'hui, évidemment l'homme providentiel. Dans l'euphorie post-match, on a même lu hier dans la presse dominicale, qu'on attendait désormais de voir si "ce succès parviendrait à booster la croissance". Et oui, une victoire des bleus à Cardiff et le petit 1,8 % de croissance et les milliards d'euros de déficit et de dette s'effacent. Le "choc de confiance" tellement espéré par Nicolas Sarkozy, ne cherchez plus, il est là, servi sur un plateau par le pack de 15. C'est la magie du sport sans doute, de distiller en cas de victoire, une sorte d'euphorisant collectif qui s'immisce partout et dans tout. En 98, c'était du foot, mais le triomphe des bleus avait eu cet effet magique de réconcilier une nation avec les siens, Black Blanc Beurs, avec ses dirigeants, la popularité de Jacques Chirac et Lionel Jospin avait culminé, avec son économie, moral et consommation des ménages étaient repartis à la hausse. Alors, bis repetita ? Les bleus du rugby n'ont gagné qu'un quart de finale, mais ils ont déjà donné une réalité à ce qui n'était jusque là qu'un slogan de campagne, "tout devient possible" - slogan présidentiel s'il en est. Alors, la route est encore longue avant que la magie fasse encore éventuellement son effet. Mais on sent bien, dans l'ardeur que Nicolas Sarkozy a mis à être présent dès les premières minutes du triomphe samedi soir, que quelques jours ou semaines au mieux d'engouement collectif au pire d'amnésie collective lui siéraient parfaitement. Allez, au moins jusqu'à samedi soir prochain, on oublie tout.

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