Cette histoire pose plusieurs questions politiques assez sensibles. D’abord, le livre confession de Fréderic Mitterrand était connu de tous. C’était un best seller et le président de la République savait, en nommant Fréderic Mitterrand à un poste exposé de son gouvernement, quel était le passé et les écrits de son nouveau ministre. Tous ceux qui estiment aujourd’hui que le contenu de ce livre est incompatible avec la fonction de ministre le savaient aussi. Aucun commentaire, aucune réclamation n’a pourtant était émise quand Fréderic Mitterrand a été nommé, d’abord à la direction de la villa Médicis, puis au gouvernement. Ça veut dire que « mauvaise vie » son livre, qui peut être parfaitement choquant, troublant (parce que ce n’est pas un roman), son livre était plutôt classé au registre des témoignages pénibles, des aveux d’un passé douloureux. Il n’était pas perçu comme l’apologie de la prostitution ou du tourisme sexuel et encore moins de la pédophilie. Il ne venait à personne, même pas à Benoit Hamon, l’idée de penser que Fréderic Mitterrand était indigne de sa nouvelle fonction. Et puis subitement ça a changé ! Pourquoi…certainement pas parce que Marine Le Pen a exhumé ce récit. Le fait que ce soit Marine Le Pen qui l’ai ressorti a même, sans doute, donné un ou deux jours de sursis, avant l’avalanche d’indignation que subit Frédéric Mitterrand. On imagine qu’avant d’emboiter le pas de la future patronne du parti d’extrême droite, Benoît Hamon a réfléchi quelques heures. Alors comment est né le problème ?De Fréderic Mitterrand, lui même. De sa déclaration pour le moins maladroite et même assez choquante, pour le coup, le jour de l’arrestation de Roman Polanski en Suisse. Voila la vraie faute. Bien plus que le livre d’il y a 4 ans. Le livre devient moins supportable à cause de sa déclaration. Le ministre aurait dû se contenter de demander à la justice suisse et américaine de nous renvoyer Roman Polanski, citoyen Français. Il aurait pu, tout au plus, s’étonner de la méthode, du piège tendu par la police suisse. Mais déclarer que nous avions là le mauvais côté de l’Amérique, minimiser les faits qu’il ne connaît pas plus qu’un autre et sembler prendre parti officiellement pour l’agresseur présumé, c’était réagir comme le premier signataire d’une pétition d’intellectuels plutôt que comme ministre de la culture. Cette déclaration a choqué d’autant que le ministre avait pris soin de dire que le président était sur la même longueur d’onde que lui…. une déclaration qui apparaissait, au départ, comme un pêcher véniel, la fausse note d’un amateur en politique, la énième gaffe de ces ministres venues des sociétés civiles. Mais c’est cette faute qui a fait ressurgir le livre. Marine le Pen n’a été que la plus rapide. La combinaison des deux posent un problème politique et l’on imagine les 330 députés UMP revenant ce Week-end dans leur circonscription, sur les marchés devoir répondre aux questions de leurs électeurs. On leur souhaite bien du courage. Pour l’instant à l’Elysée, seul Claude Guéant s’est exprimé hier dans une interview au Figaro. Il ne parlait pas du livre de Fréderic Mitterrand mais de sa déclaration problématique sur l’arrestation de Roman Polanski. Le secrétaire général de l’Elysée a dit ceci « Frédéric Mitterrand a répondu avec sa sensibilité ». Réponse étrange et énigmatique. On comprend bien que Claude Guéant explique que l’Elysée prend ses distances avec les propos du Ministre mais, comme le soulignait très justement hier Pascal Richet, l’éditorialiste de Rue 89. Que veut dire Claude Guéant par « sa sensibilité » ? De gauche ? Homosexuel ? Ancien adepte de tourisme sexuel ? Cette affaire a besoin de clarté, il serait bon que l’Elysée exprime son soutien à son ministre de la culture, qu’il le conforte sans ambages. Ou pas ! Mais plus clairement.

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