Nadine Morano perd donc l’investiture de son parti pour les régionales dans la région Grand-Est !

En raison d’une polémique qui est le résultat, en réalité, d’une surexploitation par N.Sarkozy de cette zone grise et trouble en politique, celle de la simplification. L’ancien président fait un aveu implicite en affirmant qu’il ne veut pas, je cite, « de caricature de ce que nous sommes ». La caricature, c’est l’outrance d’un trait. D’un trait qui existe. Depuis longtemps, N.Sarkozy explique qu’il en va de la survie de son camp : Il faut absolument retrouver l’oreille du peuple de droite qui dérive vers le FN. Du coup, il est toujours sur la crête sémantique et symbolique qui sépare la droite de l’extrême-droite. Il invoque régulièrement Madeleine, cette électrice UMP, passée au FN et qui l’a interpelé sur RTL. N.Sarkozy veut ramener Madeleine chez elle…au parti Les républicains. Et pour ça, il ne faut pas hésiter à faire du «gros rouge qui tache » (L’expression est de lui). Alors il pioche dans la rhétorique du « bon sens » de droite, de l’emporte-pièce autoritaire, du «on est quand même chez nous ! ». C’est le débat sur l’identité nationale, les métaphores de plomberie sur les migrants. Mais dans cette stratégie de suivisme de ce que l’on pense que le bon peuple pense, N.Sarkozy sait jusqu’où ne pas aller trop loin. Et, malgré quelques dérives mauriaciennes et outrances clivantes comme l’idée de l’interdiction des repas de substitution, l’ancien président s’est toujours arrêté au bord du précipice dans lequel Patrick Buisson voulait qu’il saute. Le « petit Français de sang mêlé » n’a jamais fait de références ethniques ou raciales pour définir sa France.

Mais Nadine Morano se raccroche au gaullisme pour justifier l’emploi du mot « race ».

Oui, seulement avec cette logique, il faudrait relancer la construction de la DS, puisque le général considérait que sa Citroën était la meilleure voiture du monde… Le mot «race » prononcé par de Gaulle (en privé seulement) et rapporté par Alain Peyrefitte, représentant de la branche la plus à droite du gaullisme, le mot race était, à l’époque, utilisé par tout le monde dans une société qui sortait à peine de la colonisation. Bien avant, en 1848, Victor Shoelcher, l’auteur de l’abolition de l’esclavage (au nom d’ailleurs de l’humanité unique) utilisait aussi ce mot ! En politique, les mots sont des véhicules qui charrient des idées et des concepts bien différents selon les époques. Né au XIXe siècle, de Gaulle, c’est vrai, était certainement attaché à l’image de la France non métissée de sa jeunesse, comme il considérait que la place de la femme était à la maison. On peut ne pas le suivre là-dessus, en 2015, sans trahir son gaullisme. D’ailleurs, Nadine Morano, favorable au mariage homosexuel, ne s’est, évidemment pas demandé ce qu’en aurait pensé le Général ! Ça aurait été aussi incongru que de se demander si V.Hugo aurait été plus Mac ou plus PC, Thomas Edison plutôt Samsung ou Apple ? L’affaire Morano est finalement un cas d’école de l’anachronisme en politique. Ça peut être soit de la bêtise, soit de la manipulation. Et parfois (ça confine à l’exploit, et nous y sommes) les deux.

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