"21 députés des Républicains ont refusé le retour de l’insecticide et neuf se sont abstenus… Comme quoi, ils sont partout les Amish !" Thomas Legrand revient sur le vote à l’assemblée qui autorise la réintroduction des néonicotinoïdes pour les betteraviers.

Jean Castex devant l'Assemblée nationale (illustration)
Jean Castex devant l'Assemblée nationale (illustration) © AFP / Arthur Nicholas Orchard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

La composition singulière du vote prouve qu’il n’y avait pas (comme l’écume des commentaires le laisse croire) les écologistes idéologues versus les productivistes inconscients, ceux qui préfèrent les abeilles aux emplois et réciproquement… 

La France Insoumise et les écologistes sont les seuls à avoir voté – en cohérence - comme un seul homme (ou femme) contre. Pareil pour les socialistes… À deux députés de régions betteravières près. 

Mais 32 élus En Marche ont voté contre, 36 se sont abstenus ! 

Surtout, 21 députés des Républicains ont refusé le retour de l’insecticide et neuf se sont abstenus… Comme quoi, ils sont partout les Amish ! 

Pourquoi cette saignée écolo à droite ? 

Sans doute en raison des arguments des opposants. Ces arguments n’étaient pas ceux des tenants de la lampe à huile ! Ils proposaient que les betteraviers (avec l’aide de l’État) s’assurent contre la jaunisse des betteraves parce que les pucerons (qui en sont à l’origine) ne sont pas là tous les ans. 

Le temps de trouver des alternatives, on pouvait donc très bien considérer que, comme pour bien d’autre périls ou maladies, ces agriculteurs et industriels s’assurent. 

Il ne s’agit pas de mettre sous perfusion une industrie finissante mais simplement de prévoir un pont et d’inciter la recherche à trouver ce qui permettra de se passer d’un produit tueur d’abeilles.  Les procédés de la transition sont souvent ainsi faits, loin de la caricature décroissante.  

En matière d’écologie, chaque camp a tendance à caricaturer l’autre…

Les promoteurs du retour des néonicotinoïdes avaient plus en tête les 48 000 emplois de la filière sucrière que le profit des actionnaires de cette industrie. La caricature est assez efficace parce que ces sujets sont d’une monstrueuse complexité à la fois scientifique et économique. Mais il serait injuste de renvoyer dos à dos écolos et anti-écolos parce que les premiers alertent depuis des décennies, et les autres freinent des 4 fers depuis des décennies.

On sait, par exemple, que, dans quelques années, les 4X4 seront bannis, qu’à ce moment-là, on dira ‘pourquoi ne les avons pas bannis plus tôt ?’ On sait déjà que dans quelques années, on voyagera beaucoup moins en avion, qu’on mangera beaucoup moins de viande…

On se souviendra alors des temps insensés où l’on allait en week-end à Ibiza par les airs, où l’on faisait faire le tour du monde à un quartier de viande pour pouvoir en manger deux fois par jour, de cette époque folle (aujourd’hui) où 33% des voitures vendues étaient des 4X4 qui ne quittaient jamais l’asphalte de nos routes impeccables. 

Avant, on avait coutume de dire que le débat était entre les courtermistes et les longtermistes (les écologistes). 

On n’en est plus là. Deux urgences s’affrontent. Mais même ceux qui ont voté le retour des néonicotinoides le savent : l’avenir vivable n’est possible qu’avec des abeilles pollinisatrices … 

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