Ségolène Royal s’en prend aux sondages qui perturberaient, selon elle, le bon déroulement de la primaire socialiste.

La candidate que tous les instituts placent systématiquement en troisième position dans les intentions de vote, loin derrière François Hollande et Martine Aubry, a saisi la Haute autorité des primaires, sorte d’instance de régulation du scrutin, pour réclamer une période d’interdiction des sondages avant le vote. Cela va être un peu compliqué. Que dit Ségolène Royal : tout simplement que l’incertitude sur la composition du corps électoral et l’absence de précédent, ne font qu’augmenter les marges d’erreurs. Ces sondages seraient donc peu fiables, et nuiraient à l’égalité entre les candidats. Un porte-parole de chez Martine Aubry dénonce carrément une fumisterie. Il y a du vrai et du faux dans les arguments qui sont avancés.

Tout d’abord le corps électoral, Jean-François. Qui va voter ? Pour répondre, désolé, mais il faut s’appuyer sur des sondages. Pour faire simple : selon différents instituts, un peu moins de 10% des personnes interrogées disent vouloir aller voter. Rapporté aux 45 millions d’électeurs, cela donnerait 4 millions au maximum. Personne n’est en mesure de dire combien vont passer à l’acte. Les dirigeants socialistes ont placé le curseur à un million, chiffre symbolique, et jouable. A la louche, il devrait y avoir 70% d’électeurs socialistes, 20% d’extrême-gauche, d’écologistes. Et 10% centristes, UMP, FN. Frédéric Dabi, d’Ifop, estime que le vote de droite sera archi-marginal. Tout cela est flou. Mais ne permet pas d’affirmer que tout est faussé. Brice Teinturier, notre partenaire d’Ipsos, rappelle qu’il y a déjà eu de grandes incertitudes lors de scrutins marqués par une forte abstention, avec des sondages assez fiables.

Tous les sondeurs ne sont pas d’accord. Edouard Lecerf de la TNS Sofres se refuse à donner des intentions de vote, parce que les échantillons ne sont pas assez gros. Gaël Sliman de BVA rappelle que Ségolène Royal en 2006 n’avait pas contesté les sondages, qui la donnaient largement en tête. Pour être honnête, ces sondages répétés peuvent avoir une influence. Les électeurs de gauche aujourd’hui ont envie de voter utile. Qui est le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy ? Et que font-ils pour y répondre ? Ils regardent les sondages. Plus François Hollande est en tête, il est en campagne depuis longtemps, il a eu le temps d’installer son image de challenger du président, plus il creuse l’écart dans l’hypothèse d’un vote utile.

Nous sommes donc dans le registre de la prophétie auto réalisatrice. Avec cette interrogation angoissante : qui est à l’origine de l’univers, comment tout cela a commencé ? Pour conclure, une mise en garde s’impose, elle est signée Edouard Lecerf : « alors que c’est l’opinion qui doit fabriquer les sondages, le risque est que ce soient les sondages qui fabriquent l’opinion ».

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