De la conférence de presse de F.Hollande vous retenez qu’il pourrait ne pas se représenter. Il n’a pas dit ça pourtant…

Non mais je l’ai quand même entendu. Les professionnels de la politique, acteurs et commentateurs, partent toujours du postulat qu’un président, dès le lendemain de son élection, ne rêve qu’à se représenter. Mais il n’est pas interdit de penser que F.Hollande, tacticien hors pair, n’est ni aveugle ni sourd. Aujourd’hui, il est gravement impopulaire. Longtemps, les Hollandais ont cru que cette impopularité était superficielle, que les Français n’avaient rien contre l’homme, plutôt avenant. Mais, à l’évidence, ce n’est pas simplement l’absence de résultats qui plombe le président, c’est une profonde défiance envers sa capacité à trancher, à faire des choix. « Des Choix » ! Hier, d’ailleurs, F.Hollande, lucide, n’a fait que répéter qu’il allait en faire, des choix ! Comme si, maintenant, bien conscient de ce qu’on lui reproche, il décidait de se lancer dans le volontarisme à corps perdu.

Donc, s’il tranche enfin, et si ça donne des résultats, pourquoi ne se représenterait-il pas ?

Déjà, il y a deux « si » dans votre question… en politique c’est au moins un de trop. Mais effectivement, F.Hollande met sa tête sur le billot. Et tant pis si l’opinion ne suit pas, « j’assume » dit-il crânement. Dans le « j’assume », il y a, en creux, l’idée qu’il allait agir à l’encontre de ce pourquoi il a été élu. Il a d’ailleurs eu cette formule désarmante, s’agissant des décisions qu’il aurait dû prendre et qu’il n’a pas prises, je cite: « il peut y avoir des choses qui n’ont pas été choisies parce qu’il y avait certains engagements ». Traduisons, « pour gagner j’ai dû prendre des engagements qui m’ont empêché d’agir après ». Quel aveu ! Quel cynisme assumé, banalisé ; ou alors quelle honnêteté ! Et F.Hollande a lui-même cité, la « baisse du coût du travail » et la « réforme du code du travail »… C’est la politique social-libérale que porte Emmanuel Macron. Et, effectivement, plus le ministre de l’Economie la revendique clairement, plus il est populaire, même à gauche. Il y a donc une source de popularité dans l’action et l’audace, même à l’encontre des engagements. C’est dans cette veine, la dernière possible pour lui, que F.Hollande va se lancer. Mais déjà, en nous précisant qu’il n’est pas obsédé par sa carrière, qu’il entend surtout travailler pour l’avenir, il prépare un discours de renoncement à sa candidature qui pourrait être celui-là, « j’ai fait des choix courageux. Je les paye de ma popularité. Au moins j’aurais œuvré pour la France et pas pour moi ». Pourquoi veut-on qu’il ait, jusqu’au bout, l’ambition de risquer d’être l’homme qui aura éliminé son camp au premier tour de 2017 ? L’ambition de laisser une trace, et d’avoir agi en fonction de ses convictions plutôt que de l’opinion, peut exister aussi chez un homme politique qui, en plus, se réclame de Pierre-Mendes France ! (sauf que PMF aurait dit avant l’élection ce qu’il allait faire et, du coup, n’aurait peut-être pas été élu). Toujours est-il que la logique sacrificielle, logique d’une non candidature probable, a été (consciemment ou non, d’ailleurs) installée hier par F.Hollande, lui-même.

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