Ce matin, avec la déprogrammation par France2 de l’enquête d’Envoyé Spécial consacrée à l’affaire Bygmalion, vous vous interrogez sur l’articulation, politique/justice/médias

Oui parce que Michel Field, le directeur de l’Information, explique en substance qu’il suspend la diffusion d’une enquête sur le financement de la campagne de 2012 de Nicolas Sarkozy… pour ne pas interférer dans le débat de la primaire…sachant que les scrutins de la primaire auront lieu les deux derniers WE de novembre et que le reportage était programmé, et depuis longtemps, pour le 29 septembre. Mais cette idée de « ne pas interférer dans la primaire » est, s’agissant d’une enquête menée par des journalistes reconnus et professionnels en qui, normalement, le directeur de l’info a confiance, est une idée totalement anti-journalistique. C’est, au contraire, avant une élection que l’on doit savoir la vérité, ou s’en approcher. On aurait aimé que l’enquête de Médiapart sur Jérôme Cahuzac ait lieu avant l’élection de François Hollande, ça nous aurait évité d’avoir un ministre du Budget menteur et tricheur. Qu’un directeur de l’information estime qu’une enquête journalistique est un acte militant et non pas un enrichissement du processus démocratique est proprement hallucinant. A moins que Michel Field ait vu le sujet en question et qu’il le juge –c’est son rôle de directeur de l’information- partisan, ou mal informé ou même, ce qui arrive souvent, instrumentalisé, bref pas digne d’être diffusé… mais dans ce cas il faut décider de déprogrammer complètement, et non pas de repousser sa diffusion à après les élections.

Mais c’est à la justice de dire qui est coupable et qui est innocent, pas à la presse : c’est ce que rétorquent souvent les politiques mis en cause dans les affaires.

Et c’est très juste. Mais les journalistes qui délivrent leurs informations sont aussi responsables devant la justice et mettent leur réputation enjeu à chaque enquête. La justice est lente, très lente, les responsables mis en cause, surtout quand ils sont puissants, savent user, avec leurs avocats, de toutes les procédures pour retarder son court. Il est d’ailleurs très étonnant et paradoxal de voir des politiques justiciables et candidats à une élection qui clament leur innocence, tout faire pour que le procès ait lieu le plus tard possible. On pourrait penser que s’ils pouvaient être blanchis avant le scrutin ce serait mieux pour tout le monde et surtout pour eux ! Mais le procès Bygmalion n’aura pas lieu avant la primaire, ni même avant l’élection présidentielle. Il ne s’agit pas pour la presse de faire plus vite ce que la justice fait trop lentement, il s’agit juste d’offrir aux électeurs des éléments d’information vérifiés, recoupés. Ce travail est d’autant plus utile que s’il n’est pas fait par des journalistes professionnels, c’est le net qui s’en chargera avec son lot d’instrumentalisation et de rumeurs. L’audiovisuel public a mis assez longtemps pour se dégager de la tutelle politique de la majorité (et d’ailleurs ça reste un combat et une vigilance permanente), ce n’est pas pour tomber sous celle de l’opposition !

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.