Nicolas Dupont-Aignan représente la voix gaulliste pur jus. Seulement en ce début de XXIème siècle, un peu plus de 40 ans après le départ du général, 20 ans après l’effondrement de son monde fait de nations puissantes et de blocs, le gaullisme, cette certaine idée de la France est un souvenir historique, une référence morale. Nicolas Dupont-Aignan a l’audace d’en faire une grille de lecture pour l’avenir. Pari osé parce que le général de Gaulle, sauveur de la France il y a 70 ans, stabilisateur de la République il y a un peu plus de 50 ans était déjà complètement à côté des pompes de la société en 1968 ! Le gaullisme aujourd’hui ce sont donc principalement des mots… de grands mots : la résistance, l’indépendance, la souveraineté… « La France Libre », slogan repris en toute simplicité par Nicolas Dupont-Aignan… Le gaullisme aujourd’hui ressemble un peu à ce qu’était le bonapartisme au début du XXème siècle, une nostalgie de grandeur inadaptée. Le discours gaulliste fait penser à une DS (pas le jeu, la voiture symbole de l’époque faste du général) quand on en voit une aujourd’hui, on a un petit frisson de nostalgie. On a bien envie de monter dedans mais ça ne viendrait à l’idée de personne de prendre l’autoroute avec !

Il reste quand même quelque chose de gaullien dans l’élection présidentielle !

Effectivement selon le mythe gaullien la présidentielle c’est la rencontre entre un homme et le peuple. Mais cette notion sans cesse répétée est une arnaque. Ou alors un homme comme Nicolas Dupont-Aignan, ou Dominique de Villepin, un homme seul, sans parti pourrait espérer gagner l’élection présidentielle. Mais vous remarquerez que ce sont toujours des tacticiens et des chefs de partis qui remportent la présidentielle… jamais les rebelles ni les solitaires. Le mythe gaullien en est donc bien un et Nicolas Dupont-Aignan, qui a du talent, dont les thèses politiques ont leur cohérence, ne semble pas déclencher de mouvement d’adhésion significatif. Ce n’est pas la faute des sondages ou des médias… c’est simplement qu’il n’a pas, avec lui, de structure de taille à affronter une telle élection. On ne peut faire croire à la rencontre entre un homme et le peuple que si, entre les deux, il y a un parti assez puissant pour louer 5OO bus, affréter 15 TGV, les remplir pour noircir de monde la place de la Concorde ou la pelouse de Vincennes. Le peu d’écho de la campagne de Nicolas Dupont-Aignan est la marque de l’impossibilité du gaullisme romantique et épique dans la France de 2012. Ce constat n’est en rien une remise en cause des positions politiques de Nicolas Dupont-Aignan, notamment sur l’euro ou la place de la France dans le monde. D’autres portent, à leur façon, avec leurs sensibilités, une bonne partie de ces aspirations… Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, par exemple. Ils les portent avec beaucoup plus de succès que Nicolas Dupont-Aignan… tout simplement parce qu’ils ont chacun une machine de guerre politique à leur disposition. La rencontre entre un homme seul et le peuple, ça n’existe plus. D’ailleurs le gaullisme en temps de paix, ça n’a jamais été ça.

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