Crise ouverte et violente entre Jean-Marie et Marine Le Pen. Le FN peut-il survivre à cette rupture ?

Oui, et il peut même en bénéficier, dans un premier temps du moins, parce que le rôle politique de l’extrême droite a changé ces dernières années. Le FN est devenu le réceptacle de toutes les peurs, justifiées ou non, sociales et identitaires. Il agrège les mécontentements anti-système qui progressent à mesure que les diverses politiques menées étalent leur impuissance. On se demande toujours : «le vote FN est-il un vote d’adhésion ou de protestation ? ». En réalité, les électeurs semblent adhérer à la protestation qu’exprime le FN. Ils adhèrent à la véhémence, à la révolte ! Et parce qu’il faut bien qu’il y ait un peu de fond, ils adhèrent à de vagues idées nationalistes, protectionnistes, noyées dans un sabir conceptuel en plein chantier, fait de républicanisme autoritaire et de souverainisme protecteur, nimbé de nostalgie. Dans ce cadre assez efficace, tout ce qui idéologise trop finement le FN, qui le ramène trop explicitement à des traditions historiques précises, le sort de l’ambiguité à son détriment.

La référence au pétainisme ruine la tentative de « républicanisation » du FN ?

Oui, et le pétainisme, cette antiquité sulfureuse et vaincue, ne peut pas apparaître, aux yeux de ceux qui souffrent du chômage ou d’un sentiment de dépossession identitaire, comme une solution. Et c’est là que l’on constate le saut de génération (plus que le saut idéologique) opéré par Marine Le Pen. En créant son parti en 1972, JM Le Pen avait réussi à fédérer toute une petite troupe très variée, composée de nostalgiques du Maréchal, de résidus de cette droite qui n’acceptait toujours pas la République, des trahis de l’Algérie Française, de confettis du néofascisme estudiantin des années 60. Aujourd’hui, tout ça ne dit plus grand-chose à plus grand monde. En renversant les poubelles de l’histoire de l’extrême droite sur la table du Rassemblement Bleu Marine, JM Le Pen, empuantit la maison de sa fille. Toute la collection de l’infâme se trouve dans l’interview de Rivarol. De Pétain à l’Europe blanche boréale qui évoque le nazisme…autant que le racialisme poutinien que Marine le Pen, en réalité, défend indirectement. Les références ethniques, avec l’allusion à Manuel Valls, français depuis 30 ans alors que Le Pen l’est depuis 1000 ans, dézingue la stratégie républicaine du FN ! Marine Le Pen, dont l’une des idées est aussi de s’adresser aux immigrés « bien intégrés » pour provoquer ce que les Américains appellent « the last in closes the door », « le dernier entré ferme la porte », ne tolère plus de références ethniques trop explicites et réoriente sa xénophobie par le biais culturel ou religieux. Aujourd’hui donc, Marine Le Pen rompt avec son père. Mais si ce parricide politique peut être stratégiquement efficace dans un premier temps, il est incertain à plus long terme. Chaque famille politique a des racines, un humus… Elle n’y échappe pas. Et la pensée des Le Pen plonge, en réalité, dans les mêmes eaux brunes. D’ailleurs, ça commence déjà à se voir dans ce qui structure le discours de l’avenir du FN… c’est-à-dire de Marion Maréchal Le Pen.

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