Grand débat… restitution faite

Et vive les élections! C’est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour exprimer, mettre en cohérence des opinions et leur donner une légitimité! Parce que face à cette masse de données, nous voilà collectivement poulailler devant une immense coutellerie! Nous voilà bien avancés avec ces courbes, ces taux, ces nuages de mots. Que faire de ce contenu complexe, ces données et statistiques basées sur des réponses diversement exprimées : cahiers de doléances, sites Internet, compte-rendus de réunions multiples, conférences régionales de citoyens tirés au sort? Il faudra des mois pour avoir un début de compréhension de ce qui s’est vraiment dit. Et encore ! Lorsqu’on aura les conclusions décortiquées de ces débats, comment établir de quelle partie de la population elles proviennent ? Qui croire ? Qui écouter? Les gilets jaunes, peu représentatifs mais très déterminés et qui continuent à avoir la sympathie de la majorité de la population ? Les grands débatteurs, beaucoup plus nombreux mais largement minoritaires et sociologiquement mal déterminés ? Les sondages, avec lesquels, paraît-il, il ne faut pas gouverner ? Non... la seule source de légitimité d’une idée reste l’élection. Si Emmanuel Macron avait voulu le démontrer par l’absurde, c’est réussi !

Mais il y a eu élection ! Emmanuel Macron a été élu, sa majorité aussi... et pourtant il y a cette défiance...

C’est donc qu’il y a un problème d’efficacité de notre démocratie, une usure de notre système de représentation et une impuissance publique manifeste. Autant de points noirs diagnostiqués depuis longtemps et qui sont d’ailleurs des raisons de l’élection d’Emmanuel Macron. Des mesures comme la proportionnelle, peut-être le vote obligatoire (avec pour le coup la reconnaissance du vote blanc), la pérennisation d’un système praticable de démocratie participative d’appoint, une autre phase de la décentralisation et une pratique moins paternaliste de la fonction présidentielle, voilà des pistes (d’ailleurs détectées depuis longtemps) à explorer. En attendant le discours du président, il y a, bien sûr, le coté tactique de l’opération : l’utilisation de ce temps de parole, ces derniers mois, par le chef de l’Etat a posé problème, comme l’a souligné l’une des garantes du débat. Les grands oraux du président ont montré sa maîtrise des dossiers mais aussi son irrésistible besoin de prouver cette maîtrise et ont détourné l’attention médiatique des vrais échanges entre citoyens. Il y a aussi une ruse du 1er ministre : restituer, en vrac, un ensemble forcément incohérent et duquel il pourra à sa guise piocher partiellement et partialement tout ce qui l’arrange. Edouard Philippe est un peu comme devant ces boites de chocolat que l’on vous tend en vous rappelant la politesse ‘on ne choisit pas’. Bien sûr on choisit ! Ce Grand débat était cependant utile. Il a prouvé que des centaines de milliers de Français pouvaient se parler, réfléchir ensemble, appréhender la complexité des sujets et ainsi montrer que la réalité des rapports politiques, dans notre pays, n’est pas l’affrontement permanent. Au fond, l’intérêt du Grand débat, c’était le débat lui-même, plus que son résultat passablement indéchiffrable et potentiellement manipulable.

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