Ce matin vous évoquez les chaînes de télé tout-infos avec cette question : quel est leur poids sur le débat public ?

La question taraude les états-majors des partis politiques, l’Élysée et Matignon et s’étalait même à la Une du Monde ce week-end. Le premier réflexe est de considérer que l’info continue télévisée « spectacularisée » (principalement BFM-TV) nuit à la qualité du débat politique, que ce flot d’images et de commentaires (beaucoup plus que d’informations) hystérise les débats, donnent plus de poids au pathos, à l’émotion qu’à la réflexion. La course de vitesse entre les réseaux sociaux et ces chaînes favoriserait la superficialité et l’écume des sujets traités.

On entend aussi souvent que ces chaines bastonnent, matraquent, répètent en boucle des infos avec une débauche d’effets visuel criards, de bandeaux réducteurs qui « spectacularisent » l’info plutôt que d’éclairer le téléspectateur. Le coté robinet à jet continu développerait un langage journalistique aplanisseur de nuances, et favoriserait les extrêmes et les responsables politiques les plus démagos.

On accuse BFM de ne pas faire ce qui est sans doute la première mission du journalisme : hiérarchiser l’info. En privilégiant l’immédiateté, en donnant autant d’importance à une information, qu’aux réactions à cette information, par facilité et par économie, on en arrive, par exemple, à mettre sur le même plan la parole d’un Président de la République française et celle d’une jeune fille mineure. C’était bien sûr l’affaire Léonarda.

Donc les chaînes tout-infos sont néfastes pour le débat public ?

En fait, ces critiques ont leur pertinence, par exemple, pour certains faits-divers sur-traités. Mais pour la politique, l’émergence des chaînes tout-infos a un aspect plus contrasté. Les critiques sont réversibles. Pendant la campagne présidentielle, l’intégralité des discours de tous les candidats était, enfin accessible à tous. Ceux qui se plaignent aujourd’hui (principalement le PS et le pouvoir) devraient se souvenir que les chaînes d'infos ont fait vivre l’un des derniers vrais débats démocratiques un peu novateurs : la primaire socialiste de 2011.

L’UMP de l’époque s’était d’ailleurs scandalisée devant cette débauche de paroles PS. La compétition pour la présidence de l’UMP, un an plus tard aurait pu être un autre moment de débats démocratiques intenses. Mais ce fut un fiasco que les chaines tout-infos, c’est vrai, ont transformé en feuilletons aussi affligeants qu’haletants !

Dans les deux cas, BFM aura été un révélateur de vérités politiques plus qu’un pervertisseur. La compétition à l’UMP n’était pas idéologique et ça s’est vu. Ça se voyait de façon outré sur BFM-TV parce qu’en matière de politique, la presse (au sens large, écrite, radio, télé, Internet) n’est pas qu’un média, mais aussi une actrice. C’est sur les chaînes tout-infos qu’avaient lieu tous les rebondissements de la pantalonnade de l’UMP de l’année dernière.

Pour ce qui est de l’affaire Leonarda, la faute est d’abord politique. Ce n’était pas au Président de s’exprimer sur un cas particulier. Les fautes politiques se payent cash, mais les gains politiques peuvent être aussi très vite bonifiés : si les chiffres du chômage continuent à être bons, BFM TV en fera des tonnes sur l’inversion de la courbe.

Finalement, ce qui mortifie les hommes politiques, c’est que les chaînes tout-infos soulignent, (de façon aussi criardes et flashy que leur horribles habillages d'antenne) la béance entre le flot de paroles politiques et l’absence d’effets concrets de la Politique sur la vie quotidienne.

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